Le cauchemar de jeunesse de Nicole Lévesque «a refait surface en mars 2020 lorsque la COVID-19 a frappé aux portes de la planète bleue, sans crier gare», explique-t-elle. 
Le cauchemar de jeunesse de Nicole Lévesque «a refait surface en mars 2020 lorsque la COVID-19 a frappé aux portes de la planète bleue, sans crier gare», explique-t-elle. 

La responsabilité collective à l’ère de la COVID-19

POINT DE VUE / Lorsque j’étais une enfant, dans ma Matapédia natale, je cauchemardais à l’idée de la fin du monde. Vous dire l’image apocalyptique, déraisonnée et combien effrayante que représentait un tel aboutissement! Car en prévision du jour fatidique, il fallait se préparer à vivre confinés : bunker souterrain que mes parents et onze frères et sœurs devions construire, en plus de prévoir les stockages énergétiques, alimentaires, sanitaires, vestimentaires, etc., nous permettant de survivre, durant une période indéterminée, jusqu’au jour espéré du déconfinement. 

Ce cauchemar de mes jeunes années a refait surface en mars 2020 lorsque la COVID-19 a frappé aux portes de la planète bleue, sans crier gare. Dès lors, force était de constater la panique mondiale exacerbée par une gestion tous azimuts, improvisée et désordonnée, parce que non prévue, ni planifiée, ni organisée, ce qui a conduit à autant de pertes en vies humaines. «La prévention est une sage précaution qui préserve de l’incertitude et de la guérison», dixit le proverbe. Désormais, nous sommes tous en «liberté conditionnelle», tant que la présence du virus ne sera pas contrôlée, au sens de la Loi sur la santé publique. Une responsabilité qui incombe au premier chef, au ministre de la Santé, Christian Dubé, et au directeur national de la santé publique, Horacio Arruda, dont les décisions visent à susciter l’adhésion de la population aux nouveaux modes de vie que commande la pandémie. 

Vivement les mesures, protocoles, et algorithmes essentiellement destinés au réseau de la santé, ainsi que les statistiques, suivis, et consignes annoncés par l’entremise des points de presse réguliers, fort appréciés s’il en est. Mais visiblement, ce n’est pas suffisant considérant la naïveté des uns, ou la complaisance, l’insouciance et l’arrogance observées chez une minorité non négligeable de personnes qui ne manquent pas de mettre en danger la collectivité en faisant fi des recommandations. Et de réussir à les faire appliquer n’est pas chose facile, d’autant plus que l’arrivée de l’été, propice aux rassemblements, risque d’amplifier la situation. 

De fait, l’heure a sonné pour nos dirigeants de décréter «la responsabilité collective» comme règle de conduite, sans mots couverts, ni tergiversations, ni faux-fuyants, en évitant de dire une chose, et son contraire. 

Par exemple, un jour le masque est un faux sentiment de sécurité, puis le lendemain il fait cruellement défaut. La régularité, la clarté et la rapidité de transmission des messages et décisions des autorités ne peuvent que favoriser la collaboration et réduire le cynisme populaire. Dans cette perspective, saluons la décision gouvernementale, de rendre enfin le port du masque obligatoire, dans toutes les régions du Québec, bien que pour l’instant il le soit seulement dans les transports en commun. Une décision qui s’avère bien peu contraignante pour les contrevenants, considérant l’absence quasi totale de mesures coercitives, étant entendu que ce ne sont pas les sociétés de transport en commun, par l’intermédiaire des opérateurs de métros et des conducteurs d’autobus, de taxis, etc., qui accepteront de jouer à la police. 

À moins que ce soient les inspecteurs de la CNESST et les nombreux agents de promotion en prévention qui prennent le relais puisqu’ils sont déjà déployés aux quatre coins du Québec pour prévenir et réduire les risques reliés à la COVID-19, dans le respect des consignes sanitaires de la Direction générale de la Santé publique et l’Institut national de la santé publique du Québec. Le filet de sécurité est donc bien en place, laissant le loisir à tout un chacun de prendre ses responsabilités à l’égard d’autrui dans l’espace public, au nom de la collectivité. «Quand on porte un masque, on n’est pas peureux, on est respectueux!» dixit le premier ministre.

Par ailleurs, considérant que c’est dans les espaces clos que le virus est le plus actif, pourquoi ne pas, à l’instar d’autres pays, ou autres villes comme Toronto, rendre également obligatoire le port du masque dans tous les lieux fermés, notamment où il n’est pas possible de garantir la distanciation physique? Et du coup, contribuer d’autant à repousser la prochaine vague jusqu’à l’arrivée probable d’un vaccin. Toutes décisions bien entendu, qui devront normalement être assorties de divers mécanismes d’application, à géométrie variable, puisque laissés à la discrétion de chacune des régions selon leur niveau de vulnérabilité (campagnes de sensibilisation, guides de rassemblement, modalités d’acquisition et de stockage des masques, distributeurs de masques dans les endroits stratégiques, etc.).

Cela étant, par la force des choses, le port du masque deviendra inévitablement un réflexe de protection pour soi et envers les autres, du moins pour la durée de cette conjoncture, comme l’est devenu en 1976, le port de la ceinture de sécurité sur les voies publiques.