L’auteure de cette lettre dénonce que plusieurs unités de psychiatrie générale au sein des hôpitaux généraux ont graduellement fermé à la faveur d’une centralisation à l’Institut universitaire en santé mentale de Québec, le tout pour «des raisons exclusivement économiques et certainement pas au profit des patients.»

La psychiatrie, parent pauvre de la médecine

Docteur Hubert Wallot et docteure Valérie Trottier Hébert ont eu le courage d’amorcer un véritable phénomène «Me too» en dénonçant les multiples injustices vécues par les patients, leurs proches et les professionnels œuvrant en psychiatrie à Québec.

J’emboîte le pas pour que le débat actuel ne tombe pas dans l’oubli puisque nos patients parfois vulnérables n’ont pas toujours la tribune pour faire valoir leurs opinions et besoins.

Effectivement, depuis quelques années on assiste à une centralisation et un retour vers l’asile (Saint-Michel Archange, Robert-Giffard, IUSMQ). Seul le nom change. Les hôpitaux de jour de l’Est et ressources en toxicomanie ont été rapatriés vers l’Institut universitaire en santé mentale de Québec. Plusieurs unités de psychiatrie générale au sein des hôpitaux généraux ont graduellement fermé (HSFA, HDQ, HEJ, HSS à venir) le tout pour des raisons exclusivement économiques et certainement pas au profit des patients. On peut se demander si le même mouvement est en cour à Montréal à la suite de l’annonce récente dans les médias du transfert des activités de psychiatrie de l’hôpital Maisonneuve-Rosemont vers l’Institut universitaire en santé mentale de Montréal.

Je fais partie d’une équipe de psychiatres œuvrant en psychiatrie générale au sein d’une unité d’enseignement qui pratiquait à l’hôpital de l’Enfant-Jésus jusqu’au printemps dernier, soit jusqu’à notre expulsion du CHU pour des motifs économiques. La pratique de la psychiatrie prend du temps, de l’écoute et parfois les hospitalisations sont plus longues que dans d’autres spécialités. Nous nous sommes battus depuis des années pour faire valoir auprès de nos patients que de la psychiatrie était une spécialité médicale au même titre que la cardiologie ou la neurologie afin de déstigmatiser la maladie mentale. Nous avons toujours tenu à ce que nos patients aient les mêmes accès aux autres spécialistes, d’autant plus qu’ils ont une morbidité et une mortalité accrues comparativement à la population générale. Nous avons toujours formé nos résidents et étudiants guidés par ces principes d’équité, d’humanité et de normalisation de la maladie mentale.

Ce déménagement forcé de notre équipe en mai dernier vers l’asile fut un réel démantèlement d’une équipe élargie impliquant commis, infirmier(es), travailleurs sociaux et préposés aux bénéficiaires expérimentés qui était compétente, efficace et qui assurait aux patients le droit et accès aux mêmes soins (imagerie, consultants) que n’importe quelle spécialité. On nous promet une réorientation vers l’hôpital général (pôle Est) dans un avenir plus ou moins rapproché. Je veux certainement y croire. Je reste cependant déçue et amère qu’un centre des neurosciences (NCH) incroyable soit en construction à deux pas de l’Institut et que nous y soyons exclus. Pourtant nous traitons le même organe que les neurologues et nombres de cas complexes sont à l’interface de diverses spécialités (neurologie, psychiatrie, gériatrie). En espérant que le nouveau gouvernement en place puisse être sensible à ces enjeux et avoir à cœur le bien-être de nos patients les plus vulnérables.

Dre Geneviève Lajoie