La ministre Hélène David rencontrera dès jeudi le directeur général et le président du conseil d'administration du Conservatoire pour leur dire sa «grande déception» face à leur proposition pour mettre fin au déficit du réseau.

La protection du patrimoine oubliée...

À Madame Hélène David, ministre de la Culture et des Communications
Vous venez d'autoriser le développement résidentiel sur les terrains du collège Jésus-Marie et du Domaine Benmore. Vous avez de plus donné votre aval au PPU de la Ville de Québec qui prévoit l'ajout de 800 unités de logement dans le site patrimonial de Sillery. Ces décisions nous sont tout à fait incompréhensibles.
Vous êtes la ministre chargée de la protection du patrimoine collectif québécois. Comment pouvez-vous prétendre que le développement résidentiel permettra et favorisera la conservation du site patrimonial ? Comment pourra-t-on envisager la mise en valeur du site alors qu'il aura été saccagé par les chantiers de construction et défiguré par l'implantation de quelque 1000 unités de logement et par de nouvelles voies de circulation ?
À nos yeux, ce territoire protégé par décret gouvernemental depuis 1964 a déjà subi de trop nombreuses incursions immobilières. Comme vos prédécesseurs, vous avez cédé aux pressions des promoteurs immobiliers. Ces derniers cherchent par tous les moyens à proposer des constructions qui passent le test du plan de conservation, qui nous apparaît de plus en plus comme « une grille pour les constructeurs ». Pourtant, la question centrale devrait être : est-ce que ce projet bonifie, améliore, met en valeur le site ? Cette question ne semble plus être posée au sein de votre ministère. Aurait-on peur de dire « non » aux promoteurs et « oui » au patrimoine ?
Dix ans après les consultations municipales de 2006, nous avons l'impression que tout le travail réalisé par les citoyens ayant à coeur la protection et la mise en valeur du patrimoine historique de Sillery a été vain. Notre Coalition a fait des propositions, déposé un projet emballant aux retombées multiples et diversifiées mettant en valeur le site, témoin important de notre histoire. La Ville n'était nullement perdante : la plus-value foncière apportée par le parc des Grands Domaines égalait ou dépassait celle des condos implantés sur le site. Toute la société québécoise était gagnante.
D'autres organismes ont aussi soumis des propositions créatives et innovantes. Lors des consultations publiques conduites par le Conseil du patrimoine culturel du Québec, des centaines de personnes de divers horizons ont pris la plume ou le micro pour exprimer leur intérêt pour la conservation et la mise en valeur du site patrimonial de Sillery. Qu'est-il advenu de toutes ces idées et de ces mémoires desquels une vision créative et structurante aurait pu être tirée pour l'avenir du site ?
Nous déplorons que vous n'ayez pas retenu les propositions émanant de la société civile. Nous attendions de la ministre responsable du patrimoine de tous les Québécois qu'elle protège les espaces naturels restants et qu'elle favorise la mise en place d'une interprétation patrimoniale axée sur les paysages et les grands domaines, legs des communautés religieuses et des barons du bois.
Nous restons fidèles à la défense de notre patrimoine. Nous assumons pleinement le sens profond d'un site patrimonial et jugeons essentiel de doter les générations futures de lieux de mémoire décents, respectueux et à la mesure de notre histoire unique en Amérique du Nord. Voilà pourquoi nous sommes déconcertés et profondément consternés par le fait que la nouvelle ministre de la Culture et des Communications n'ait pas jugé important de préserver le site patrimonial de Sillery tel que créé, il y a 50 ans, par son prédécesseur Georges-Émile Lapalme, le premier des ministres de la Culture du Québec.
Pierre Vagneux, président
Coalition pour l'arrondissement historique de Sillery
Stoneham-et-Tewkesbury