Selon l'auteur de cette lettre d'opinion, les petites et moyennes entreprises devraient plutôt profiter de l'enjeu de pénurie de main-d’œuvre pour revoir leur processus d’affaires pour ainsi demeurer en contrôle de leur propre développement.

La pénurie de la main-d’œuvre et l’immigration…

On entend souvent dire que la solution à la pénurie de main-d’œuvre repose principalement sur l’immigration. Par contre, nous savons que les processus d’immigration sont longs et coûteux, sans pour autant assurer le succès du recrutement ni en quantité ni en qualité. Devant un tel constat, les entreprises ont l’impression de se retrouver devant un obstacle insurmontable pour assurer leur développement voire leur survie.

Les petites et moyennes entreprises, qui représentent plus de 90 % des entreprises au Québec, devraient plutôt profiter de cet enjeu de pénurie de main-d’œuvre pour revoir leur processus d’affaires pour ainsi demeurer en contrôle de leur propre développement. Pour citer Winston Churchill : «Mieux vaut prendre le changement par les mains avant qu’il ne nous prenne par la gorge».

Tout d’abord, les gestionnaires devraient démontrer plus d’ouverture pour revisiter leurs façons de faire incluant la gestion de leurs ressources humaines. Nous sommes à une époque charnière pour la transformation numérique avec des outils puissants, passant de l’infonuagique à l’intelligence artificielle sans oublier la robotisation. Plusieurs études font état d’une transformation majeure appréhendée des emplois, on estime qu’entre 30 et 60 % des tâches sont automatisables au moyen de technologies existantes ou émergentes et plus de 25 % des emplois subiront de profonds changements au cours de la prochaine décennie. Déjà plusieurs secteurs économiques sont affectés par cette transformation numérique.

Concernant les critères d’embauche, bien que la main-d’œuvre active disponible soit de plus en plus restreinte, le réaménagement des tâches, par exemple en permettant à des étudiants, des retraités et même des travailleurs autonomes de combler certaines tâches dans un nouveau modèle de gestion des ressources humaines.

Pour les pouvoirs publics, bien que certaines actions soient mises de l’avant, il reste encore beaucoup à faire. Les différents niveaux de gouvernements, du fédéral au provincial et au municipal, chacun devrait adapter ses programmes et subventions par une vision plus moderne, globale et intégrée qui devraient refléter cette grande priorité de la pénurie de main-d’œuvre dans leurs plans d’actions stratégiques. 

Par exemple, une bonne partie des subventions aux démarrages d’entreprises ou aux grandes entreprises pourraient être réorientées pour faciliter la migration des petites et moyennes entreprises vers une meilleure intégration du numérique. La formation continue devrait être valorisée et financée afin d’atteindre l’objectif d’augmenter la productivité par le numérique. De même, des mesures incitatives à l’embauche d’étudiants dans une formule travail-étude ainsi que de permettre aux retraités de prendre une charge de travail à temps partiel avec des mesures fiscales adaptées pourraient également être mises de l’avant.

Donc même si l’immigration représente une facette pour pallier à la pénurie de main-d’œuvre, les organisations et les entreprises se doivent de revoir leur processus d’affaires. Les différents niveaux de gouvernement ont également des actions concrètes à apporter en ajustement leurs mesures, programmes et financements pour accompagner les petites et moyennes entreprises dans ces changements incontournables auxquels ils devront faire face au cours des prochaines années.

Alain Aubut, Québec