La note de passage plus sévère au Québec, un autre mythe

Il existe plusieurs mythes pédagogiques qui ne cessent de s'épanouir au Québec. Qu'on pense à celui à l'effet que 70 % des emplois que les jeunes entrant à l'école occuperont plus tard n'existent pas encore. À ce propos, la très sérieuse BBC a récemment démontré tout le vide existant derrière cette légende servant les propos de certains idéologues en éducation.
Un autre mythe pédagogique à la mode voudrait qu'on soit plus exigeants au Québec qu'en Ontario, parce que la note de passage est de 60 % ici et non de 50 % comme chez nos voisins outre-Outaouais. Ce mythe, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, l'a repris cette semaine lors d'une entrevue à Annie Desrochers sur les ondes de Radio-Canada.
Or, un tel argument n'a malheureusement aucune valeur. En effet, un seuil de réussite élevé ne signifie pas automatiquement qu'on soit plus exigeant envers les élèves. N'importe quel enseignant peut vous expliquer qu'il est facile de créer un examen qui sera réussi (à 60 %) par à peine la moitié de ses élèves une semaine et un autre portant sur la même matière qui sera réussi par à peu près tous la semaine suivante.
Un pourcentage de réussite indique la proportion des élèves ayant répondu à certaines attentes en ce qui a trait à une évaluation, mais ne garantit en rien que cette évaluation soit exigeante. Par conséquent, une note de passage n'est qu'une note et n'a de signification réelle que quand on regarde les exigences auxquelles les élèves sont confrontés. Ainsi, si la note de passage n'est que de 50 % en Ontario, mais que les examens y sont beaucoup plus difficiles que ceux au Québec, la comparaison en apparence favorable à la Belle province n'a plus aucune valeur.
Lorsque, pour des raisons politiques dans les années 1980, on a voulu montrer qu'on était plus exigeants dans nos écoles québécoises, on a décidé de hausser le seuil de réussite de 50 à 60 %, il a fallu seulement un an pour que tout le monde de l'éducation s'ajuste à celui-ci. Les élèves sont-ils alors devenus soudainement meilleurs? Si oui, qu'attend-on aujourd'hui pour le hausser à 70, ou même à 80 %? Dans les faits, on comprend bien que ce sont les exigences qui ont été revues à la baisse et que ce seuil est bien relatif.
Luc Papineau, L'Assomption