La neutralité d’Internet impossible à long terme

On est tous pour la vertu, mais avec Internet, ça fait belle lurette qu’elle est morte de sa belle mort. Les États-Unis, à qui il faut reconnaître la paternité de l’Internet, sont peut-être les premiers à s’en rendre compte, mais leur façon de régler les problèmes va jeter le bébé avec l’eau du bain.

La circulation sur le réseau Internet n’est plus ce qu’il était depuis la venue des services de vidéo en flux continu. Apparemment, à lui seul, Netflix occupe 25 % de la totalité de la bande passante qui transite sur les réseaux de l’Amérique du Nord. On n’a encore rien vu, attendez qu’il passe du HD au 4K!

Dans un tel contexte, on se rend compte qu’une gestion du trafic s’impose, afin d’empêcher des méga-utilisateurs comme Netflix, YouTube et Facebook de s’approprier à eux seuls tous les efforts consentis par les transporteurs du signal dans l’amélioration de leurs infrastructures. Comme Internet a toujours été une ressource collaborative, on se rend compte que certains doivent aujourd’hui collaborer plus que d’autres, ce déséquilibre ne pourra pas perdurer indéfiniment.

Malheureusement, si les États-Unis laissent libre cours à l’arbitraire du secteur privé pour gérer le trafic sur leur territoire, les réseaux canadiens deviendront rapidement la route alternative automatique pour une partie du trafic de nos voisins du sud, parce qu’un «paquet» de données, lorsqu’il circule dans le réseau, choisit automatiquement la route la plus rapide pour se rendre de son point d’origine à son point de destination. Tout ce qui sera bloqué ou ralenti dans un segment de l’Internet passera automatiquement par les endroits qui ne le seront pas. Il n’y aura donc pas que des migrants qui franchiront la frontière, il y aura aussi les données, et dans les deux sens si le Canada reste seul à laisser le trafic circuler librement sur ses réseaux.

Le Canada, encore une fois, se fera entraîner bien malgré lui dans la danse par les États-Unis et devra gérer le trafic sur ses réseaux pour éviter qu’ils ne saturent et compromettent notre propre utilisation à l’intérieur de nos frontières. À terme, seule une tarification globale et ordonnée du trafic en transit pour les plus gros consommateurs de bande passante pourra empêcher la folie destructrice qui résultera de ce changement apparemment anodin des règles, ce n’est malheureusement pas l’approche préconisée par la FCC aux États-Unis, comme s’ils étaient inconscients des conséquences de leurs actions sur le reste du monde.

André Verville, Lévis