Pauline Marois

La misogynie a-t-elle eu raison de Pauline Marois?

Il se fait bien des lectures des résultats des élections du 7 avril. Parmi elles, il serait souhaitable d'en trouver une qui pose un regard féministe sur les raisons de la débâcle stupéfiante infligée à Pauline Marois.
Mon sentiment est qu'on a voté cette fois non pour Philippe Couillard, mais contre Pauline Marois, parce qu'elle est femme. Déjà, lui avoir accordé de devenir première ministre paraissait énorme à plusieurs lors des élections précédentes, mais alors, si on l'avait élue à la tête d'un gouvernement minoritaire, c'est qu'on avait voté non pour elle, mais contre Jean Charest et un gouvernement qu'on jugeait corrompu.
Il m'apparaît que notre société est, de façon inconsciente, beaucoup plus misogyne que l'on puisse le concevoir de prime abord. Il est envisageable d'arriver à ce constat si l'on considère combien on a peu réagi, somme toute, à l'attentat contre Pauline Marois à son arrivée au pouvoir en 2012. On peut au moins émettre comme hypothèse que, de un, si le premier ministre nouvellement élu avait été un homme, il n'y aurait pas eu d'agression, et, de deux, que si cette agression avait tout de même eu lieu contre un premier ministre homme, le scandale aurait été beaucoup plus grand et durable, le coupable jugé sans doute depuis longtemps.
On a entendu tant de hargne gratuite exprimée contre Pauline Marois à qui on reprochait notamment de viser le titre de premier ministre du Québec, alors qu'on n'aurait jamais reproché à un homme de viser ce poste en prétendant qu'il agissait là par vanité mesquine et simple goût du pouvoir. On reconnaît d'ailleurs tout à fait à un homme le droit de rechercher le pouvoir et il est en fait normal qu'un chef de parti recherche le pouvoir de gouverner. On peut croire que la condescendance (quel autre premier ministre s'est-il jamais fait appeler uniquement par son prénom?) sinon le mépris à l'égard de Pauline Marois, s'exprimait non contre la personne elle-même, mais contre le fait qu'elle est femme. À mon sens, ces attaques mesquines et disgracieuses s'abreuvaient à un fond de misogynie latent, mais très puissant.
Aux dernières élections, on n'a pas voté pour Philippe Couillard, mais contre la possibilité qu'une femme s'impose comme première ministre d'un gouvernement qu'elle souhaitait majoritaire. Majoritaire, c'en était trop! D'autant plus que la charte des valeurs qu'elle défendait faisait la promotion de l'égalité entre hommes et femmes en refusant, pour tout représentant de l'État sur les lieux de son travail, les signes distinctifs dont le principal visé, le voile, est le symbole de la soumission des femmes.
Enfin, il se pourrait bien que le projet de souveraineté, s'il est porté par une femme, n'ait plus d'attrait, surtout auprès d'un bon nombre des plus jeunes dont plusieurs considèrent que les combats nationaliste et féministe ainsi que de neutralité religieuse sont dépassés! Les acquis obtenus au cours des années antérieures ne sont pourtant pas garantis à jamais et il en reste d'autres à réaliser, sur tous les fronts : national, féministe, de la neutralité religieuse des institutions.
Suzanne Faguy, Québec