Au cours des derniers mois, plusieurs manifestations ont eu lieu à Hong Kong pour exiger à la Chine des réformes démocratiques.

La main tendue à Hong Kong

POINT DE VUE / Après trois mois de manifestations houleuses et de tensions sans précédent à Hong Kong, Carrie Lam, la cheffe de l’exécutif de Hong Kong et vassale de l’autorité pékinoise, a concédé le retrait définitif de la loi sur l’extradition d’habitants hongkongais vers des cours de justice de la Chine continentale le 4 septembre. Cette loi était l’élément déclencheur de ces trois mois d’agitation sociale, mais son retrait ne sera pas leur résolution.

Il s’agit néanmoins d’un événement extraordinaire que Pékin ait cédé partiellement aux pressions des manifestants. Bernard Chan, un conseiller important à Carrie Lam, avait écrit le 16 août dans le South China Morning Post que le gouvernement de Hong Kong et celui de Pékin étaient absolument inflexibles quant aux demandes des manifestants et que, par principe, aucune exception n’allait être admise en réponse à leur violence. 

De plus, les exercices militaires de l’armée chinoise à la frontière de Hong Kong laissaient entendre que Pékin allait faire usage de force pour remettre sa Région administrative spéciale en ordre. La planète entière contemplait la tragique possibilité d’un Tiananmen 2.0. 

En à peine trois semaines, le ton du gouvernement a changé : il s’est assis à la table de négociation et sa déclaration de retrait de la loi en est la preuve. Ce revirement est indicatif d’une volonté chez les politiciens du Parti communiste chinois de vouloir calmer le jeu dans le cadre des règlements de la démocratie occidentale moderne. Plutôt que d’opter pour une méthode résolument oppressive et violente, typique d’un régime opaque et totalitaire, les autorités ont stratégiquement conféré une des cinq revendications des manifestants pour trouver une sortie à la crise plus typique de ce qu’on retrouverait au Canada qu’en Chine. 

Les manifestants ont raison de se méfier de cette concession, considérant les arrestations et détentions arbitraires qui ont eu lieu à la suite du mouvement des parapluies en 2014, et devraient continuer à revendiquer les droits qu’ils ont été promis lors de la Déclaration commune sino-britannique sur la question de Hong Kong. Toutefois, la communauté internationale devrait reconnaître l’effort de Pékin de vouloir négocier une solution pour une ville qui, cet été, paraissait être au gouffre d’un tournant abyssal et irréparable. Les pots cassés ne pourront jamais être complètement réparés, et certaines revendications des manifestants, telles que l’amnistie de justiciables fautifs, sont à peu près inconcevables. En l’occurrence, plus de transparence en matière de déontologie policière, et le chemin vers une élection plus représentative des membres de l’exécutif de la cité-État ne sont pas hors de question. Le gouvernement canadien, le devant à ses 300 000 ressortissants vivant à Hong Kong, doit encourager ce pas dans la bonne voie.