La lettre d’Émilie Houle

Voici le message qu’Émilie a laissé lorsqu’elle s’est enlevée la vie le 29 mars 2019.

«Je me demande tellement de questions. Pourquoi moi? Pourquoi je me sens comme ça? Pourquoi je n’arrive pas à m’en sortir? J’ai finalement conclu que c’était parce que je n’étais pas faite pour ça: la vie. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre au fond. Je me sens comme une étrangère dans ce monde-ci, comme si je n’étais pas sur la bonne planète. C’est difficile à expliquer et à comprendre par quelqu’un qui ne vit pas ce mal de vivre là. Mais c’est un mal constant, oui parfois y’a des beaux jours, mais ce mal de vivre revient toujours. Il finit toujours par me rattraper comme si je n’avais pas droit au bonheur trop longtemps. C’est pas que j’ai pas essayé… j’ai vu des psychiatres, des psychologues, des médecins, mais aucun n’a vraiment été en mesure de m’aider réellement. J’ai toujours eu l’impression que pour eux je n’avais pas un vrai problème, que ce n’était pas prioritaire. Je trouve dommage que dans notre société, la maladie mentale soit encore à ce point stigmatisée et qu’il y ait encore un grand manque de ressource pour ces personnes-là.

Certains ont peur de mourir, pour ma part, c’est la peur de vivre.

Supporter ce mal intérieur pendant toute une vie c’est long. Au Québec, il y a un gros taux de suicide et je comprends pourquoi. Je me suis présentée à l’urgence dans le but de me faire hospitaliser car je n’en pouvais plus de vivre comme ça, je voulais être traitée, je voulais être prise en charge. Pour le psychiatre, je ne nécessitais pas d’hospitalisation… mais au fond, comment peux-tu savoir ça? Il ne sait pas comment je me sens à l’intérieur de moi, dans la maladie mentale la meilleure personne qui se connaît c’est nous-même. Cette fois-ci, j’ai vraiment voulu m’aider, j’ai cherché des ressources, j’ai appelé à plusieurs endroits, je suis allée à l’hôpital… Bien franchement, rien de tout ça m’a aidée. J’en ai juste été encore plus découragée parce que j’ai eu l’impression qu’on ne pouvait pas m’aider. Je pense que c’est pourquoi il y a un énorme taux de suicide ici. Il manque de ressources et les professionnels n’ont pas la formation nécessaire pour nous venir en aide. En fait, je crois seulement qu’ils ne pourront jamais vraiment comprendre ce que les personnes ayant des maladies mentales vivent et c’est ce qui fait qu’elles finissent par abandonner et en venir au suicide. C’est dommage. Un psychiatre a la formation pour exercer ce métier, mais il ne pourra jamais vraiment comprendre ses patients.

J’ai eu un mal de vivre depuis que j’ai 12 ans, et maintenant j’en ai 23. J’ai 23 ans et je suis déjà tannée de la vie, j’ai hâte que mon heure arrive. Ça blesse mes proches et je les comprends, mais me voir malheureuse je ne crois pas que c’est mieux. C’est difficile de dire ça à quelqu’un parce qu’il va le prendre personnel. Mais les proches ne comprennent pas que cette décision n’a rien à voir avec eux. Pour moi, ça a toujours été difficile de vivre, pas grand-chose me rendait heureuse, j’ai jamais été bien avec moi-même et c’est peut-être ce qui a causé ma perte. Je ne souhaite ça à personne, ce n’est pas une façon de vivre. J’espère vraiment que d’ici quelques années, il y aura des changements pour qu’enfin des personnes comme moi se sentent mieux dans la société et soient prises en charge le plus tôt possible. La maladie mentale ce n’est pas à prendre à la légère, il faut la traiter comme toute autre maladie de l’organisme. Ce n’est pas parce que c’est une maladie abstraite qu’elle ne mérite pas d’être prise en compte.»

Vous ou vos proches avez besoin d’aide? N’hésitez pas à joindre l’Association québécoise de prévention du suicide au 1 866 APPELLE (277-3553).