Portage recommande, à l'instar de l'Association médicale canadienne, de ne pas légaliser la marijuana avant l'âge de 21 ans.

La légalisation n'arrête pas la dépendance

Dans les discours sur la légalisation de la marijuana, plusieurs points de vue se font entendre. Les partisans de l'initiative dénoncent l'échec de l'approche répressive et les coûts exorbitants liés à la pénalisation. De l'autre côté, on craint que la légalisation banalise les impacts de la marijuana et incite les jeunes à consommer.
Portage est un centre de réadaptation pour toxicomanes qui côtoie cette clientèle depuis 45 ans partout au Québec et au Canada. Oeuvrant au sein d'un organisme qui vient en aide aux toxicomanes, nous sommes confrontés quotidiennement aux impacts dévastateurs de l'utilisation abusive de la marijuana.
Le gouvernement Trudeau nous dit qu'avec la légalisation le Canada prend une mesure importante pour réglementer et restreindre l'accès à la marijuana, éviter qu'elle soit à la portée des jeunes et empêcher les criminels d'en profiter. Portage endosse ces objectifs, mais nous rappelons au gouvernement que dans tout le processus qu'il vient de mettre en branle, il ne doit pas oublier, qu'au final, la légalisation n'arrête pas la dépendance!
Suivant le dépôt du projet de loi, le gouvernement doit confirmer qu'en tout temps, la protection des jeunes, et notamment des jeunes toxicomanes, prévaudra. Lorsqu'on les compare aux jeunes d'autres pays développés, les adolescents canadiens sont les plus nombreux à consommer de la marijuana, selon un rapport du Centre de recherche de l'UNICEF de 2013. Et malgré une diminution de son usage ces dernières années, elle demeure la drogue illégale la plus couramment consommée par les jeunes âgés entre 15 et 24 ans. Dans les cinq centres de Portage qui accueillent cette clientèle à travers le Canada, nous recevons annuellement environ 500 adolescents entre 14 et 18 ans. De ce nombre, la plupart sont dépendants à la marijuana.
Cette réalité milite pour que Portage recommande, à l'instar de l'Association médicale canadienne, de ne pas légaliser la marijuana avant l'âge de 21 ans. De même, nous endossons la recommandation de contrôler le niveau de THC, l'élément actif du cannabis, pour les citoyens âgés de 25 ans et moins. Le cerveau est en développement jusqu'à 25 ans, et le THC est une substance qui, à forte dose, peut accroître les risques pour la santé mentale.
De plus, Portage croit fermement que le gouvernement doit outiller les centres de réadaptation qui viennent en aide aux personnes dépendantes. Le Directeur parlementaire du budget estimait récemment entre 481 et 618 M$ les revenus générés par la vente de la marijuana légale. À cet égard, Portage recommande que la totalité des taxes perçues avec la légalisation de la marijuana serve au développement d'une stratégie nationale de prévention de la dépendance aux drogues et, ultimement, qu'une portion significative soit remise aux centres de réadaptation.
Maintenant que le projet de loi est déposé et que le gouvernement du Canada chemine vers la légalisation de la marijuana, Portage invite le premier ministre Trudeau à rencontrer ses jeunes, à écouter leurs histoires et à les garder en mémoire lors des débats qui mèneront à la légalisation. Il doit toujours garder en tête que la légalisation ne stoppera pas la dépendance!
L'équipe de Portage