La laïcité totale, un objectif irréalisable

Des étudiants de cinquième secondaire de la Polyvalente de l’Ancienne-Lorette nous ont offert leurs réflexions sur le dossier de la laïcité de l’État et le port des signes religieux. Nous avons choisi deux de leurs textes que voici pour l’édition papier, et vous retrouverez deux autres contributions dans notre application et dans le site web.

En tant qu’élève de cinquième secondaire, je pense que mon point de vue a de la valeur, puisque je me suis informé sur le sujet, comme aurait pu le faire n’importe qui. C’est pourquoi j’ai décidé de m’exprimer sur un sujet en particulier : le port des signes religieux chez les employés de l’État en position d’autorité. 

À la suite des dires de François Legault vis-à-vis la laïcité au Québec, le premier ministre m’a donné l’impression qu’il voulait faire du Québec une province totalement laïque. Mais est-ce un objectif réalisable dans les prochaines années de son mandat? Selon moi, cette utopie est hors de portée, car son désir va à l’encontre de la Charte canadienne des droits et libertés. Celle-ci dit clairement que chaque individu canadien a le droit de pratiquer la religion de son choix, et ce, dans le respect de tous et chacun1. Chaque individu a donc droit à la liberté d’expression et cela s’applique autant verbalement que dans la façon de s’habiller. Donc, si une femme décide de porter le voile, elle en a totalement le droit. Elle ne devrait pas être discriminée à pratiquer des emplois, comme celui d’enseignante ou tout autre emploi touché par les propos de M. Legault. Cette loi sur l’interdiction du port des signes religieux dans certains milieux de travail, qui sera potentiellement mise en vigueur est, selon moi, implicitement dirigée vers les femmes musulmanes. Si François Legault a recours à des mesures drastiques, telles que celles-ci, c’est parce qu’il craint ce qu’il ne comprend pas. C’est pourquoi il tente tout simplement d’amener le Québec vers la neutralité: ce qu’on ne voit pas ne dérange pas. Je pense également que le premier ministre s’est laissé convaincre par les nombreux stéréotypes qui touchent les musulmans, ce qui est totalement injuste.

Je trouve aussi important d’intégrer la pensée de M. Pierre Bosset, professeur de droit à l’UQAM : « On semble présumer que parce qu’une personne porte un signe religieux, cette personne ne sera pas capable d’enseigner sa matière de façon neutre »2. Suite à la lecture de cette phrase, j’ai tout de suite tendance à être contre le gouvernement face à son projet de laïcité, car une personne ne portant aucun signe religieux peut tout de même essayer d’influencer ses élèves en étant tendancieuse dans sa façon d’enseigner. Militer pour une neutralité superficielle n’est pas suffisant et peut même être plus dangereux, puisqu’aucun indice ne permet aux élèves d’allumer leur radar d’esprit critique. Il n’existe aucun lien entre la façon d’enseigner d’un professeur et sa façon de s’habiller, c’est pourquoi, selon moi, il faut agir et essayer de faire comprendre à M. Legault que sa décision anticonstitutionnelle de tenter de rendre le Québec neutre, alors qu’il a une culture riche et diversifiée, est injuste envers certaines personnes vivant dans notre société. La diversité est une force et non une faiblesse qu’il faut cacher. Il faut être fiers d’être Québécois et fiers de la richesse des différences présentes dans notre province. 

Francis Drolet, 

5ème secondaire, Polyvalente de L’Ancienne-Lorette