Au Québec, on en est à des balbutiements, mais il serait intéressant que nos élites connaissent l’histoire de la laïcité avant de se prononcer sur la base de leurs perceptions émotives, écrit l'auteur.

La laïcité et son histoire

POINT DE VUE / La laïcité est devenue en ces jours-ci, pour ainsi dire, le terme le plus à la mode. Chacun, qu’il soit simple citoyen ou dans sa plus haute hiérarchie de sa citoyenneté, l’exprime à sa façon, sa perception, dans des commentaires qui lui conviennent.

Il se dégage chez certains une forme d’inculture de la laïcité pourtant clairement établie et véhiculée à travers le dernier millénaire. La laïcité est ainsi aujourd’hui transposée dans un vécu contemporain sous une fausse modernité.

Ainsi l’histoire nous apprend que, déjà au XIe siècle, il y eut une forme de recherche de définition du pouvoir religieux au pouvoir temporel opposant le Pape Grégoire VII à l’Empereur germanique. Au XIIIe siècle, on assiste à la redécouverte de la philosophie aristotélicienne contribuant à l’élaboration d’une pensée politique construite sur les bases de l’ordre naturel et de la raison ayant permis, plus tard et progressivement, l’émergence d’une pensée laïque et d’une mise en application politique de cette pensée.

Puis en 1598 vint l’Édit de Nantes établissant une distinction et un tournant dans l’histoire des mentalités où le sujet doit obéir à la loi du Roi dans la sphère publique, et le croyant, libre de ses choix religieux dorénavant cantonnés dans la sphère privée.

Le XVIIIe siècle, dit le siècle des Lumières de par ses Grands Auteurs à la base de l’homme moderne émancipé, libre, engendra par la Révolution française une projection fulgurante de la personne permettant la création de la société civile avec les structures que l’on connaît.

C’est dans tout ce contexte évolutif, en 1905, que fut votée en France la loi établissant la séparation des Église et de l’État. En 1945, toujours en France, cette laïcité devint constitutionnelle dans le respect des droits de chacun.

Il y eut ultérieurement des aménagements sur le socle tel qu’établi.

Au Québec, on en est à des balbutiements, mais il serait intéressant que nos élites connaissent l’histoire de la laïcité avant de se prononcer sur la base de leurs perceptions émotives.