Des acteurs personnifiant des soldats britanniques ont participé à la reconstitution d'une bataille pour le tournage du documentaire The War of 1812.

La guerre de 1812 et l'édification du Canada

En réaction au texte «Cachez ces faits qu'on ne saurait voir!» de M. Pascal Cyr
En réaction au texte «Cachez ces faits qu'on ne saurait voir!» de M. Pascal Cyr
Les sociétés sont forgées par de grands événements qui marquent l'histoire et l'imaginaire collectif. Le succès international du Cirque du soleil, les événements du 11 septembre 2001, le rapatriement de la Constitution, le premier pas sur la lune, la crise d'octobre 70, le IIe Concile oecuménique du Vatican, l'Acte de Québec et l'Acte constitutionnel de 1791, ou la guerre de 1812 sont tous des événements qui ont forgé qui nous sommes. Comme le rappellent plusieurs professeurs qui militent pour l'enseignement de l'histoire dans nos écoles, nous connaissons trop peu notre passé. La commémoration de grands événements peut donc nous permettre de mieux se connaître ou même parfois se reconnaître. Il est donc important de noter que les célébrations entourant 1812 ne sont pas la glorification de la guerre, mais la commémoration d'événements qui ont permis l'édification de notre société actuelle.
Certains faits historiques peuvent parfois être obscurcis par des lunettes dogmatiques qui les réinterprètent. Dans l'étude de notre passé comme dans sa commémoration, il faut donc observer le phénomène dans son ensemble et non pas seulement à travers certains extraits épisodiques. Cette «guerre coloniale, sous-produit des guerres napoléoniennes» demeure malgré tout un moment déterminant de notre histoire qui mérite d'être connu et discuté. Ainsi, au-delà des interprétations politiques contemporaines, nous pourrions apprendre de nombreux aspects de notre patrimoine collectif qui demeure absent de nos salles de classe. Quelque soit la raison de ce conflit, il n'en demeure pas moins qu'il s'agit d'une invasion. Pour y faire face, le gouvernement de l'époque, à court de forces armées occupées à combattre en Europe, fit appel à ses citoyens. Pour défendre le Bas-Canada, le gouverneur mobilise la fameuse et redoutée milice canadienne française qui avait obtenu ses lettres de noblesse contre ses ennemis pendant près de 130 années de conflit. Dans la province, plus de 8 400 citoyens-soldats répondirent à l'appel. Commecela représentait plus de 20% de la population, il s'agit d'une mobilisation majeure. Durant le conflit, Canadiens et Anglais, combattirent côte à côte pour la même cause, dans les mêmes unités parfois anglophones, mais plus souvent qu'autrement des unités bilingues ou francophones.
Advenant la réussite du projet américain, il est facile de se douter que le sort de la population canadienne aurait été le même que les francophones du Maine, les Cajuns de la Louisiane ou la population française de Saint-Louis ou de Détroit. Il faut donc se rendre à l'évidence, l'une des conséquences indirectes de ce conflit est donc le maintien de la langue et de la religion des Canadiens de l'époque. Ce que les cours d'histoire ne nous enseignent pas, c'est également que lors du l'exode des élites françaises en 1763, les Canadiens n'ont pas été « abandonnés » aux mains du clergé, une autre élite est demeurée, celle des capitaines de milice. Cette milice demeurait essentiellement organisée comme elle l'avait été durant le régime français.Le capitaine de milice de chaque compagnie, élu par ses soldats, désignait les membres de sa paroisse devant effectuer certaines tâches comme la réfection de routes, l'escorte de prisonniers, le transport de marchandise, la préparation de camps ou le renfort des troupes de combat pendant une durée limitée. Ce futle cas en 1812 pour repousser les troupes américaines à Lachine, et en 1813 durant la bataille de Chateauguay, et lors de raids contre Plattsburg en 1814.
Cette catégorie de leaders naturels a été présente durant toute notre histoire afin de développer politiquement, économique, artistiquement et socialement notre pays. En parcourant les registres des citoyens-soldats de la guerre de 1812, nous pouvons ainsi noter plusieurs personnages et familles qui façonnèrent l'histoire de plus d'une façon comme les Louis-Joseph Papineau, Philippe Aubert de Gaspé, Robert Nelson, John Molson, James Leslie, Antoine-Louis Juchereau Duchesnay, François Baby, Thomas-Pierre-Joseph Tascherau et de nombreux autres.
Qu'il s'agisse de se rappeler que nous vivons dans un pays qui n'a pas connu d'invasion majeure depuis 200 ans ou de se remémorer les actions oubliées de nos ancêtres, ainsi que leur contribution au développement de notre pays, il pourrait être intéressant pour mieux se connaître, de profiter de l'occasion et de s'instruire sur ces faits qui demeurent obscurs, mais qui ont contribué à faire de nous ce que nous sommes.
Richard Garon
Fondation du mémorial des militaires de Lévis