les 1400 ingénieurs syndiqués du gouvernement sont en grève depuis le 24 mai.

La grève des ingénieurs de l'État paralyse des chantiers

Dans l'industrie de la construction, le gouvernement est intervenu rapidement avec une loi spéciale pour mettre fin à une grève dont l'impact économique s'avérait considérable. Le gouvernement a agi dans le meilleur intérêt du Québec, et nous pouvons nous réjouir de son intervention efficace. Cependant, la grève dans la construction a relégué au second plan une autre grève d'importance déclenchée au même moment: celles des ingénieurs de l'État.
En effet, les 1400 ingénieurs syndiqués du gouvernement, qui travaillent en majorité au ministère des Transports, de la Mobilité durable et de l'Électrification des Transports et au ministère du Développement durable, de l'Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques, sont en grève depuis le 24 mai dernier.
Ce conflit de travail est beaucoup moins médiatisé que celui dans l'industrie de la construction. Et pourtant, les impacts de cette grève sont également considérables.
Évidemment, le nombre de professionnels syndiqués en grève est nettement inférieur à celui des travailleurs dans l'industrie de la construction. Il faut toutefois comprendre le rôle clé des ingénieurs de l'État. Ceux-ci participent notamment à l'octroi et à la gestion des contrats, et délivrent des autorisations. Sans leur contribution, de nombreux de projets sont retardés ou arrêtés, sans compter les projets qui ont été reportés en prévision d'une grève. Les impacts sont déjà importants et se feront sentir davantage à plus long terme, alors que les coûts augmenteront au même rythme que les délais.
Des réparations et des nouveaux projets d'infrastructures attendus par des populations partout au Québec seront retardés, causant des insatisfactions, en plus de nuire à l'économie.
Par ailleurs, il faut se rappeler que la saison de construction est courte au Québec, et que plusieurs projets qui ne débuteront pas prochainement pourraient être retardés d'une année complète, voire davantage en fonction des priorités de l'année à venir.
Bien entendu, le secteur privé pourra effectuer une partie du travail, mais les firmes de génie-conseil ne peuvent pas se substituer aux ingénieurs de l'État pour prendre des décisions en lieu et place des ministères et organismes publics, ni pour obtenir les approbations et les autorisations environnementales nécessaires à la réalisation des travaux. Les ingénieurs de l'État ont un rôle important à jouer et doivent être en mesure de le faire avec compétence et professionnalisme pour assurer la réalisation de projets de qualité, qui respectent les budgets et les échéanciers. En somme, ils doivent être des clients avisés, capables de comprendre et d'analyser les solutions d'ingénierie, de prendre les meilleures décisions pour les usagers et de les expliquer.
Nous sommes actuellement dans une situation très similaire à celle que nous venons de vivre dans l'industrie de la construction. L'économie du Québec, le rattrapage dans l'entretien de nos infrastructures et les services à la population sont à risque de subir les impacts négatifs majeurs de la grève des ingénieurs de l'État si rien n'est fait.
Souhaitons que le gouvernement et ses ingénieurs puissent en venir à une entente rapidement pour mettre fin sans tarder à cette autre grève qui paralyse les chantiers et l'économie du Québec.
André Rainville, ingénieur, président-directeur général, Association des firmes de génie-conseil - Québec