La Ville d'Ottawa s'apprête à dispenser les chauffeurs d'Uber.

La fourchette à cinq dents

La Ville d'Ottawa s'apprête à dispenser les chauffeurs d'Uber d'équiper leurs voitures d'une caméra tout en gardant cette obligation pour les «taxis traditionnels». J'ai proposé au comité qui examine l'industrie du taxi de renoncer à cette catégorie nommée «utilisateurs d'applications de services de transport».
Taxi: transport d'une ou de quelques personnes contre rémunération. Ma définition s'applique aux chauffeurs «traditionnels» comme à ceux d'Uber. Les règles devraient donc être les mêmes pour tous.
Aucun conseiller ne m'a questionné. Après tout, je n'ai ni application ni voiture, j'utilise l'autobus et le taxi. Et puis «la population demande de meilleurs services de taxi». C'est vrai, les sondages d'Uber elle-même le disent.
Chargée par la Ville de lui soumettre une analyse de l'industrie, la firme PKMG, experte en transport de chiffres, l'a confirmé.
Pourquoi m'interroger? L'examen en cours n'a d'ailleurs aucun rapport avec le passager que je suis, mais tout à voir avec une multinationale qui d'un coup d'appli magique a inventé le «covoiturage». Même pas besoin de définir cette vertu cardinale. Un conseiller du Comité a déclaré à la télé qu'il fallait être ouvert à la «nouvelle technologie». C'est pas grave si on condamne au chômage 2000 chauffeurs de taxi. Les «covoituristes» eux, ont besoin de revenus pour se payer, dixit le représentant d'Uber, des vacances, un voyage.
De ses autos banalisées, la «nouvelle technologie» va accrocher les enseignes de taxi aux murs des brocanteurs. Quitte à faire reculer la sécurité, l'identité du taxi, l'équité concurrentielle, bref le droit, il faut faire avancer la «nouvelle technologie». Elle fait de bonnes affaires sans permis? C'est pas grave. Elle va inventer une fourchette à cinq dents qui va permettre à n'importe qui de devenir chef cuisinier.
Pascal BarretteOttawa