L'auteur soutient que mettre fin au système actuel de régulation des prix est souhaitable, mais l'objectif premier ne devrait pas être celui d'influencer les prix à la consommation.

La fin de l'étatisation du lait

Une grande majorité de consommateurs québécois sous-estiment la portée des instances gouvernementales dans le contrôle des prix du lait au détail. C'est bien connu que la gestion de l'offre donne à nos producteurs laitiers une protection inouïe au Canada. Mais le Québec va beaucoup plus loin. Par le biais de la Régie des marchés agricoles et alimentaires (RMAAQ), le Québec fait fi de toutes les autres provinces en régulant le prix du lait au détail en fixant des prix plancher et plafond pour nos détaillants. Ce système fut mis en place il y a de cela plusieurs années et son objectif premier était de valoriser le lait aux yeux des Québécois. Or, le 29 janvier prochain, la RMAAQ tiendra à Montréal, pour la première fois, des audiences publiques sur la pertinence même du système de commercialisation laitière au Québec. En soi, c'est une excellente nouvelle pour les consommateurs québécois. À première vue, le système actuel semble pénaliser les familles québécoises moins nanties. En voyageant un peu, certains Québécois ont probablement remarqué à quel point le prix du lait au Québec est extrêmement élevé comparativement aux autres provinces canadiennes. Par exemple, en Ontario, la province voisine, le prix du lait est en moyenne de 30 % à 40 % inférieur à celui du Québec. Pire encore, le prix du lait chez nos voisins du Sud est parfois la moitié du prix québécois. Riche en calcium et en vitamines, le lait est un aliment aux nombreuses vertus indispensables à une alimentation équilibrée, surtout pour nos jeunes enfants. Par année, une famille québécoise de deux adultes et deux jeunes enfants paye en moyenne 150 $ de plus pour le lait. Aux yeux de plusieurs, le système québécois de fixation des prix du lait au détail crée une taxe régressive qui n'encourage point les citadins à consommer davantage de lait.
Une grande majorité de consommateurs québécois sous-estiment la portée des instances gouvernementales dans le contrôle des prix du lait au détail. C'est bien connu que la gestion de l'offre donne à nos producteurs laitiers une protection inouïe au Canada. Mais le Québec va beaucoup plus loin. Par le biais de la Régie des marchés agricoles et alimentaires (RMAAQ), le Québec fait fi de toutes les autres provinces en régulant le prix du lait au détail en fixant des prix plancher et plafond pour nos détaillants. Ce système fut mis en place il y a de cela plusieurs années et son objectif premier était de valoriser le lait aux yeux des Québécois. Or, le 29 janvier prochain, la RMAAQ tiendra à Montréal, pour la première fois, des audiences publiques sur la pertinence même du système de commercialisation laitière au Québec. En soi, c'est une excellente nouvelle pour les consommateurs québécois. À première vue, le système actuel semble pénaliser les familles québécoises moins nanties. En voyageant un peu, certains Québécois ont probablement remarqué à quel point le prix du lait au Québec est extrêmement élevé comparativement aux autres provinces canadiennes. Par exemple, en Ontario, la province voisine, le prix du lait est en moyenne de 30 % à 40 % inférieur à celui du Québec. Pire encore, le prix du lait chez nos voisins du Sud est parfois la moitié du prix québécois. Riche en calcium et en vitamines, le lait est un aliment aux nombreuses vertus indispensables à une alimentation équilibrée, surtout pour nos jeunes enfants. Par année, une famille québécoise de deux adultes et deux jeunes enfants paye en moyenne 150 $ de plus pour le lait. Aux yeux de plusieurs, le système québécois de fixation des prix du lait au détail crée une taxe régressive qui n'encourage point les citadins à consommer davantage de lait.
Certains détaillants craignent une guerre de prix, et ils n'ont pas nécessairement tort. Depuis quelques mois, l'ensemble des détaillants alimentaires au Canada peine à maintenir leur part de marché. Pour se faire, plusieurs détaillants hors Québec utilisent le lait comme «loss leaders» (produit d'appel), et pourquoi pas? Vendu à perte, le lait, perçu comme un produit alimentaire essentiel, est utilisé à titre d'appât pour attirer les consommateurs à acheter davantage. De plus, on retrouve souvent le lait à l'arrière, dans le fin fond du magasin, forçant ainsi les acheteurs à valser parmi les produits ayant des marges plus élevées. Un tel scénario est plus que probable au Québec, surtout dans un contexte qui favorise l'hypercompétitivité.
Avec le cumul des années, en protégeant la filière laitière de lois naturelles du marché, la RMAAQ a vraisemblablement su maintenir des prix artificiellement élevés au Québec. Mais la fin du système existant ne garantit en rien une diminution substantielle des prix du lait au détail au Québec. Au contraire, vu la population québécoise vieillissante et la logistique nécessaire pour couvrir le vaste territoire de la Belle Province, il est fort possible de voir les prix augmenter après un certain temps. De surcroît, les protagonistes qui s'opposent au présent système doivent donc faire preuve de prudence.
Mettre fin au système actuel de régulation des prix est souhaitable, mais l'objectif premier ne devrait pas être celui d'influencer les prix à la consommation. En effet, ce qui crève les yeux du régime actuel est le manque flagrant de transparence. Les décisions de la RMAAQ sont prises par des régisseurs non élus qui interagissent rarement avec le grand public. La rencontre du 29 janvier est donc un pas dans la bonne direction. Mieux vulgariser le mécanisme actuel de fixation des prix laitiers au détail permettra aux consommateurs de mieux comprendre les enjeux. Les consommateurs se rendront compte que l'abolition du Règlement sur le prix du lait de consommation au Québec permettra à la RMAAQ d'octroyer aux consommateurs québécois le pouvoir qui leur est dû. En réformant le règlement, le lait sera probablement vendu à un prix qui reflétera justement la valeur perçue des consommateurs québécois.
Dr Sylvain Charlebois, professeur titulaire
Distribution et Politiques Agroalimentaires, Collège en Management et Études Écononomiques
Université de Guelph