«La faute à Barrette»

POINT DE VUE / Sous le gouvernement Couillard (2014-2018), une rumeur incessante sourdait du monde de la santé à l’effet que toute réforme de notre système de soins était impossible à cause de la personnalité du ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Un homme froid et insensible qui centralisait à outrance, fonçait comme un bulldozer et menaçait l’intégrité même du système,susceptible de s’écrouler à tout moment.

Sous le gouvernement Couillard (2014-2018), une rumeur incessante sourdait du monde de la santé à l’effet que toute réforme de notre système de soins était impossible à cause de la personnalité du ministre de la Santé, Gaétan Barrette. Un homme froid et insensible qui centralisait à outrance, fonçait comme un bulldozer et menaçait l’intégrité même du système,susceptible de s’écrouler à tout moment.

Ambulanciers, aide-soignants, infirmières, et médecins entonnaient sans fin ni retenue ce refrain qui finit par convaincre la population qu’il fallait se débarrasser du Golem pour permettre enfin les nécessaires réformes.

Les élections passées, le nouveau premier ministre remit les rênes du mammouth de la Santé et des Services sociaux à la douce Danielle McCann, une diplômée en sciences de l’éducation disposant d’une expertise en gestion dans le domaine. Enfin, croyait-on, les incontournables réformes allaient être réalisées. En février 2019, toutefois, l’opinion publique est frappée de stupeur quand on apprend que le Collège des médecins refuse une réforme qui est pourtant réclamée à grands cris par une large majorité de la population depuis des lunes, soit que les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) soient autorisées à poser, dans le cas de six pathologies clairement identifiées, des diagnostics qui n’auraient pas besoin d’être entérinés par un médecin dans les trente jours. Le tout, évidemment, dans le but de désengorger les lignes de premiers soins. L’étonnement du bon peuple est d’autant plus grand que ces actes médicaux sont attribués aux IPS dans les neuf autres provinces.

J’ai longtemps eu du respect pour les médecins, qui font de longues études et exercent un métier difficile. Ce capital de respect a toutefois été érodé par le corporatisme et le protectionnisme bornés de l’ensemble du corps médical (généralistes comme spécialistes), qui considèrent la prestation d’actes médicaux comme une chasse gardée et refusent systématiquement tout accommodement, comme l’attribution de certains actes aux pharmaciens et aux IPS. Au fil des luttes d’arrière-garde des médecins et au vu de leur refus systématique de considérer le système de santé autrement, mon respect s’est progressivement transformé en indifférence, puis en mépris. Cet égoïsme de clan a provoqué leur dégringolade dans l’estime de la population.

Devant ce blocage insensible à l’intérêt public, la ministre McCann menace de légiférer. Nous ne pouvons que l’appuyer dans sa détermination. Légiférez, madame, légiférez, nous vous en prions. L’immense majorité des citoyens vous appuiera et louera votre courage dans ce combat nécessaire contre ces dinosaures narcissiques.