La dette que nous avons envers les jeunes

Les présentes élections ont mis en lumière certains enjeux importants auxquels est confronté le Québec d’aujourd’hui et de demain : le déficit de main-d’œuvre, le vieillissement de la population, les lacunes des systèmes d’éducation et de services sociaux, l’exode des jeunes de plusieurs régions, etc. Curieusement, un des éléments de solution pour relever ces défis est totalement absent des débats. En effet, de quelles façons les différents partis politiques entendent-ils soutenir la génération montante dans leur prise en main du Québec de demain ?

Chaque année, des dizaines de milliers de jeunes vivent d’importantes épreuves bloquant le développement de leur plein potentiel et leur participation à la vie sociale et économique du Québec. En situation de décrochage social, voire de survie au quotidien, ces jeunes votent très peu et personne ne vote pour eux. Face à leur détresse, pour un grand nombre, on ne leur propose souvent que des médicaments psychotropes pour soulager le mal de vivre découlant de leur exclusion sociale. Trop souvent oubliés ou caricaturés comme des jeunes manquant de volonté à « s’en sortir », ils ne sont pas un enjeu électoral. En fait, il s’agit moins d’en faire un enjeu électoral vite oublié au lendemain du scrutin qu’un engagement soutenu et collectif.

Certes, des ressources existent, mais elles sont insuffisantes et débordées ou, comme les Auberges du coeur, absentes de plusieurs territoires et sous-financées.

Les organismes communautaires jeunesse comme les Auberges du cœur les voient plutôt comme un élément de solution pour un Québec plus juste et dynamique. Ils sont une richesse qui ne demande qu’à se dévoiler, tant au plan humain que social, économique et culturel.

Avec un engagement et un accompagnement soutenus, ces jeunes retrouvent le plus souvent la capacité de raccrocher et de reprendre du pouvoir sur leur vie. C’est tout le soutien d’un réseau de solidarité, composé d’amis, de connaissances, de la famille parfois retrouvée et des intervenants et intervenantes, de professeurs, de futurs employeurs, qui permet à ces jeunes de sortir la tête de l’eau et prendre part à la vie de la cité.

Le lien, la confiance, l’accompagnement, le temps et l’engagement sont des notions très éloignées des discours électoraux actuels qui ne parlent que de millions et de gestion en tentant de nous faire croire qu’il y a là tout ce qu’il faut pour répondre à l’ensemble des besoins de la population.

Le défunt ambassadeur des Auberges du cœur et ex-maire de Montréal, M. Jean Doré, soutenait que « le Québec n’a plus les moyens de perdre un seul jeune ». À défaut de quoi, en plus de la dette environnementale, c’est une dette générationnelle qu’on transmettra aux Québécois de demain.

Johanne Cooper et Rémi Fraser, Présidente et Coordonnateur des pratiques du Regroupement des Auberges du cœur du Québec