La rivière Romaine est l'un des axes sur lesquels s'appuie le Plan Nord du gouvernement Charest.

La Côte-Nord est-elle prête pour le Plan Nord?

Pendant que le reste du Québec et du Canada étaient plongés dans une importante crise économique, la Côte-Nord vivait une période de prospérité. Le boom minier et le développement du projet hydroélectrique de la rivière Romaine ne sont pas étrangers à cette vague. Bien que cette prospérité ait amené son lot de développement et d'avancement, elle est néanmoins à l'origine d'une cascade de problématiques. L'an dernier, le premier ministre du Québec, Jean Charest, annonçait son plan de développement des ressources du Nord québécois, sur un horizon de 25 ans. Ambitieux? Visionnaire? Opportuniste? Peut-être un peu tout ça à la fois, mais complètement déconnecté des réalités sociales nord-côtières.
Pendant que le reste du Québec et du Canada étaient plongés dans une importante crise économique, la Côte-Nord vivait une période de prospérité. Le boom minier et le développement du projet hydroélectrique de la rivière Romaine ne sont pas étrangers à cette vague. Bien que cette prospérité ait amené son lot de développement et d'avancement, elle est néanmoins à l'origine d'une cascade de problématiques. L'an dernier, le premier ministre du Québec, Jean Charest, annonçait son plan de développement des ressources du Nord québécois, sur un horizon de 25 ans. Ambitieux? Visionnaire? Opportuniste? Peut-être un peu tout ça à la fois, mais complètement déconnecté des réalités sociales nord-côtières.
La Côte-Nord en quelques chiffres
Vous prévoyez un séjour sur la Côte-Nord? Réservez tôt! Les hôtels/motels affichent complet, plus de six semaines d'avance, pris d'assaut par les travailleurs qui n'arrivent pas à se loger. Le taux d'inoccupation des logements est actuellement de 0,7% à Sept-Îles. Début 2012, la ville évaluait à environ 300 le nombre de logements manquants. Avec le Plan Nord, ce nombre pourrait dépasser les 800. Pour un logement de 4 pièces, il faut compter environ 800$, alors que le prix des maisons a fait un bond extraordinaire de 137% en quatre ans pour se situer autour de 200 000$ pour une maison unifamiliale et de 130 000$ pour une maison mobile. Pour compliquer les choses, il en coûterait de 35 à 40% plus cher pour construire de nouvelles unités d'habitation, ce qui n'encourage pas les promoteurs. Donc, si vous êtes une femme autochtone, monoparentale, ou étudiante, séparée pour violence conjugale, prestataire d'aide sociale, ou un travailleur à revenu modeste, et que vous êtes aux prises avec un problème de santé mentale, bonne chance pour vous trouver un logement.
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Des jeunes recrutés dès le 4e secondaire
Par contre, si vous cherchez du boulot, la section «offre d'emploi» du journal local déborde de propositions, en majorité dans le secteur tertiaire. La pénurie de main-d'oeuvre est telle dans cette catégorie que le McDonald a dû recruter aux Philippines du personnel qui, évidemment, ne parle pas français! Pendant ce temps, d'autres restaurants doivent réduire leurs heures d'ouverture, faute de personnel. Il est financièrement plus avantageux - parfois du simple au double, selon le corps de métier - de travailler dans le secteur métallurgique ou minier. Ce qui pourrait être une bonne nouvelle n'en est pas une pour nos jeunes qui sont souvent attirés - voire même recrutés - dès le 4e secondaire par des industries en manque de personnel. Pour beaucoup de jeunes, à court terme, l'attrait de l'argent est plus fort que celui du diplôme d'études secondaires. Mais qu'arrivera-t-il dans 25 ans quand le boom sera passé et que ces hommes et ces femmes de 40 ans se retrouveront sans emploi et sans diplôme?
Drogue, alcool et prostitution
Ceux qui lisent les journaux ont pu y lire des titres évocateurs et accrocheurs pour témoigner de la réalité nord-côtière: «Coke Nord», «La Romaine Coke». En effet, nous observons une hausse importante du trafic de stupéfiants dans la région. Selon les intervenants du milieu de la toxicomanie, la cocaïne ferait un retour en force, surtout dans les chantiers et milieux de travail. De plus, l'arrivée des drogues de synthèse, peu coûteuses et par le fait même plus accessibles, fait monter en flèche l'émergence des jeunes consommateurs, qui ne déboursent qu'environ 3$ pour un comprimé de speed. L'alcool aussi coule à flot. Selon un procureur, il y aurait une augmentation des plaintes déposées concernant des délits de conduite avec les facultés affaiblies, voies de fait, etc. Cette hausse a même justifié l'embauche de nouveaux policiers au Havre-St-Pierre, petite ville de 3279 habitants et voisine immédiate du projet de centrale hydroélectrique La Romaine. En mars 2012, le député fédéral de Manicouagan, Jonathan Genest-Jourdain, parlait de l'émergence de la prostitution, toujours au Havre-St-Pierre, information confirmée par des intervenants du terrain selon lesquels chaque semaine, un autobus rempli de prostituées s'arrête au McDo de Forestville, avant de poursuivre sa route vers Fermont et Havre-St-Pierre, là où sont installés nos travailleurs!
Comme à l'époque d'Ovila Pronovost...
L'essor dans le domaine minier et hydroélectrique contribue également à l'augmentation du phénomène de fly-in - fly-out pour les travailleurs. Selon un intervenant de la région, les demandes d'intervention auprès de son organisme d'aide aux hommes ont littéralement explosé. On observe également une hausse de la pression sur la cellule familiale qui mène souvent à la rupture du couple. Monsieur part 30 jours, travaille 12 heures par jour, revient fatigué et veut se reposer, alors que Madame, monoparentale pendant tout le mois, épuisée d'avoir tenu le nid familial seule et à bout de bras, insiste pour que son conjoint prenne la relève afin qu'elle puisse se reposer un peu. On peut facilement imaginer la suite! Pourtant, cet organisme ne reçoit pas plus d'aide financière pour répondre à la demande et se heurte parfois à des difficultés pour collaborer avec les milieux de travail. On préfère penser que ça va bien, qu'il n'y a pas de problèmes.
D'autres rentrent à la maison les poches vides. On aurait tort de croire que l'époque d'Ovila Pronovost est révolue. Nous pourrions aussi ajouter à cette liste explosive les conflits dans le domaine de la construction, l'intimidation, le stress, les accidents de travail, etc.
La Côte-Nord est-elle prête pour le Plan Nord?
Récemment, des groupes se sont formés et ont pris la parole comme à Baie-Comeau - par exemple la Coalition Vigilance Plan Nord, constituée de divers acteurs des milieux syndicaux et communautaires - pour signaler leurs inquiétudes quant aux impacts sociaux et environnementaux du Plan Nord. Problème de logements, pénurie de main d'oeuvre, manque de service de garde, impacts sur le réseau de la santé et de services sociaux, de l'éducation, hausse du trafic de drogues, prostitution, détresse psychologique et personnelle, pour ne nommer que ceux-là.
Oui, vive la richesse! Mais plus d'argent, ne veut pas nécessairement dire que tout va bien; ça peut aussi vouloir dire que ça dérape plus longtemps ou plus fort. Le Plan Nord n'est pas encore en place que déjà nous nageons dans une marée de problèmes. Oui à la prospérité, mais pour tous et pas à n'importe quel prix. Nos préoccupations sont grandes et nous n'avons encore rien entendu de la part de l'État, qui soit de nature à nous rassurer. Si le gouvernement et le premier ministre semblent prêts pour le Plan Nord, le Nord, lui, est loin d'être prêt!
Geneviève ROY, travailleuse sociale dans un CSSS de la Côte-Nord