«Verrons-nous cette volonté se traduire par un rehaussement du financement des Auberges? Car soyons réalistes, nous n’avons plus les moyens de laisser les jeunes s’en sortir seuls.»

La Commission Laurent fera-t-elle avancer la cause des organismes communautaires?

POINT DE VUE / Les jeunes qui frappent à la porte d’une Auberge du cœur vivent, comme beaucoup d’autres jeunes, des difficultés, mais nous ne les définissons pas par celles-ci. Nous sommes privilégiés puisque nous voyons au quotidien à quel point la jeunesse est active, allumée et porteuse d’espoir. Nous la voyons en mouvement, prête à relever les défis d’aujourd’hui et de demain.

La jeunesse est très présente dans l’univers médiatique, mais depuis quelque temps, l’image qui s’en dégage semble moins reluisante que l’inverse. Que ce soit le succès que connaît la télésérie Fugueuse ou l’avancement de la Commission Laurent sur les droits des enfants et la protection de la jeunesse, on parle des jeunes surtout avec leurs problèmes. 

Même lorsque Greta fait la manchette, on arrive plus facilement à trouver des commentaires sur son âge ou son trait neuroatypique que sur la force de son message et de son action. Pourtant, il y a tellement plus que du négatif à dire à propos des jeunes.

Loin de nous l’idée de minimiser tout ce qu’ils et elles peuvent vivre comme problématiques, puisqu’aux Auberges du Cœur nous sommes témoins de situations difficiles et souvent complexes auxquelles ils et elles font face. Nous les accueillons dans leur entièreté, là où la vie les a mené/es, pour d’abord leur offrir un toit et de quoi manger, mais surtout un endroit sécuritaire et sécurisant où ils et elles pourront se donner un objectif qui répondra à leurs aspirations. Ils et elles seront accompagné/es dans leur démarche vers cet objectif par des intervenant/es qui respectent leur rythme et leur vécu, sachant que parfois la mise en mouvement est tout aussi importante, sinon plus, que l’atteinte de l’objectif fixé au départ.

Nous sommes donc témoins de leurs réussites et du bien qu’elles peuvent faire sans que l’on soit devant des histoires à succès dignes d’Hollywood. Pourtant, des histoires à succès, les intervenant/es des Auberges du Cœur en ont plein. Pour plusieurs raisons, les jeunes qui y entrent créent et recréent des liens, avec soi, avec les autres, avec leur communauté et avec le monde. Parce qu’ils et elles sont reconnu.e.s dans leur globalité, sont volontaires, sont partie prenante d’un milieu de vie respectueux de leurs choix, de leurs décisions et de leurs expériences. Parce que nous croyons que chaque jeune a la capacité à développer et reprendre du pouvoir d’agir sur sa vie, nous favorisons leur autonomie tout en travaillant à l’amélioration des conditions de vie des jeunes.

Lorsqu’on entend tous les problèmes soulevés à la Commission Laurent, on se demande pourquoi les Auberges du Cœur ne sont pas davantage nommées dans les pistes de solution ou les exemples à suivre. Que ce soit avant ou après une prise en charge par la DPJ, les jeunes qui y entrent s’en sortent, car ils et elles y trouvent des lieux d’appartenance et d’affiliation. Ceux-ci leur permettent de trouver les outils nécessaires pour aller là où ils et elles le souhaitent.

Les Auberges du Cœur vivent, comme beaucoup d’autres organismes communautaires jeunesse, dans une précarité faute de financement adéquat. Avec les moyens qu’elles ont, elles arrivent à incuber des histoires à succès. Imaginons l’effet qu’elles puissent avoir avec les moyens de leurs ambitions. Imaginons cette mise en mouvement des jeunes décuplée lorsqu’elles seront, elles aussi, reconnues dans leur globalité, en tenant compte de leur autonomie.

Dans ses recommandations préliminaires, la Commission parlait d’accorder plus de subventions aux organismes qui œuvrent auprès des jeunes et des familles vivant des difficultés. Voilà une demande que les Auberges du Cœur font depuis plusieurs années auprès du ministère de la Santé et des Services sociaux. Est-ce que la volonté de faire autrement du gouvernement actuel viendra corriger des années de recul des organismes communautaires? Verrons-nous cette volonté se traduire par un rehaussement du financement des Auberges? Car soyons réalistes, nous n’avons plus les moyens de laisser les jeunes s’en sortir seuls.