La cathédrale de Rimouski

La cathédrale n’est pas la mission

La cathédrale de Rimouski est un édifice qui possède des dimensions historiques, patrimoniales et identitaires fort appréciables. Mais s’entête un comité qui veut conserver le passé sans les nécessaires transformations pour qu’une tradition reste vivante.

Les biens patrimoniaux constituent une forme d’héritage. À vouloir les garder intacts et dans leur ancienne vocation, on risque de les voir se détériorer jusqu’à perdre leur attrait et leur intérêt pour les générations présentes. Leur conservation exige qu’on opère les modifications nécessaires.

Une interprétation biaisée d’un sondage prétend que 77 % des gens voudraient le maintien du culte dans la cathédrale. Il me semble que ce pourcentage vaut plutôt pour la conservation de l’édifice lui-même dans le paysage rimouskois. En effet, si on se fie au nombre de fidèles qui fréquentent habituellement la cathédrale comme lieu de culte, on doit baisser considérablement le résultat. De ceux-ci, combien ont payé régulièrement leur capitation dans les récentes années? Et beaucoup l’ont fait pour d’autres raisons que l’entretien et la restauration de la cathédrale.

On parle de puiser dans des fonds diocésains qu’on prétend s’élever à une cinquantaine de millions de dollars. Je ne connais que deux fondations diocésaines importantes. Elles contiennent moins que la moitié de la somme prétendue et ce sont des fonds dédiés à des «oeuvres» bien déterminées. Dans les présentes conditions du marché, ces «réserves» financières rapportent moins qu’elles l’ont déjà fait. Les bénéfices réduits qu’on en tire servent heureusement à maintenir les services pastoraux diocésains, à assurer la retraite des prêtres ainsi que la formation des divers préposé-e-s aux activités pastorales. Amassés par toutes les communautés du diocèse, ces fonds seraient nettement détournés si on les utilisait pour sauver la cathédrale.

En tenant compte des moyens actuels de financement des bâtiments religieux et de la baisse généralisée de la pratique religieuse, vouloir conserver la cathédrale principalement comme lieu de culte risque de handicaper lourdement toute la vie pastorale de la communauté chrétienne du grand Rimouski, et finalement d’entraîner la ruine de la Fabrique Saint-Germain avec celle de l’édifice. Pour maintenir une vitalité communautaire, elle doit se départir de la responsabilité de la cathédrale (qui n’est pas le lieu le plus approprié au culte actuel) et faire une sélection judicieuse dans les autres édifices qu’elle entend conserver.

À mon avis, le sort de la cathédrale est lié à l’intérêt que l’ensemble de la population rimouskoise y trouvera comme édifice emblématique de la ville. Dans cette perspective, le sondage effectué indique un réel intérêt à garder la cathédrale dans le paysage rimouskois. Pour sauver la cathédrale, il me semble donc pressant de réaliser sa désacralisation pour qu’elle soit prise en charge par la communauté urbaine de Rimouski. C’est en effet un monument très significatif dans l’histoire et la vie de la ville. Pour conserver ce bien patrimonial, il ne s’agit pas de maintenir sa vocation passée. On doit lui trouver un attrait et une signification dans la vie rimouskoise actuelle.

Dans l’immédiat, quoi faire? Dès la décision prise de sa désacralisation, la ville, ou une corporation appropriée devrait assumer la responsabilité de sensibiliser la population à la valeur de cet édifice dans la vie et le paysage rimouskois. En même temps, elle verrait à recueillir les fonds nécessaires pour assurer d’abord les réparations urgentes, celles qui sont nécessaires pour la conservation de l’édifice et de son contenu. À plus long terme, il s’agira de voir comment elle pourrait être utilisée dans un plan d’urbanisme et de conservation du patrimoine qui prendrait en compte tout le quadrilatère englobant aussi la salle de spectacle, le musée, le presbytère et la Place des vétérans, etc. En plein milieu du centre-ville, un des édifices les plus significatifs sur le plan historique et emblématique devrait trouver sa place dans une planification d’un développement urbain qui prend en compte l’héritage patrimonial.

Jean-Yves Thériault, Rimouski