«À mon groupe de médecine familiale (GMF), quatre médecins sur quatorze ont pris leur retraite depuis six mois. À une moyenne de 2000 patients par médecin, c’est 8000 personnes qui n’ont plus de médecin à ce seul GMF», écrit Pierre Larocque.
«À mon groupe de médecine familiale (GMF), quatre médecins sur quatorze ont pris leur retraite depuis six mois. À une moyenne de 2000 patients par médecin, c’est 8000 personnes qui n’ont plus de médecin à ce seul GMF», écrit Pierre Larocque.

La CAQ ne tient pas ses promesses en santé

POINT DE VUE / Durant la campagne électorale, la CAQ avait promis de relever le pourcentage de Québécois inscrits à un médecin de famille à 95 %. Or, en catimini, la ministre McCann a révisé ces chiffres à la baisse et les a maintenant rétablis à 85 % jusqu’en 2023, soit la même cible qu’avaient précédemment établie les libéraux. On comprend ce revirement lorsqu’on analyse les statistiques du Guichet d’accès à un médecin de famille (GAMF).

En effet, on s’aperçoit que la liste ne se résorbe pas, mais qu’au contraire, elle a cru au niveau national de 15 % en six mois (un demi-million de personnes sans un médecin de famille). Pour la région de la Capitale-Nationale, c’est 19,4 % d’augmentation, toujours en six mois (65 000 personnes sans médecin de famille). Il semble que le ministère de la Santé ait complètement perdu le contrôle. Ceci représente une situation inquiétante de santé publique. On peut même se demander si le Québec est toujours en mesure d’offrir les soins universels à sa population.

Pourquoi cette forte augmentation? C’est entre autres dû au départ à la retraite des médecins. À mon groupe de médecine familiale (GMF), quatre médecins sur quatorze ont pris leur retraite depuis six mois. À une moyenne de 2000 patients par médecin, c’est 8000 personnes qui n’ont plus de médecin à ce seul GMF. Je fais partie d’eux. Les médecins prenant leur retraite sont âgés, par conséquent leur clientèle l’est aussi (donc plus de risque d’avoir des maladies chroniques, besoin de suivi rapproché, risque d’apparition de maladies graves).

Après 35 ans avec le même médecin dans le même GMF, je retourne à la case départ, sans médecin, mais avec des maladies chroniques. Le GMF et mon médecin ne m’ont pas trouvé de solutions pour me recaser. Le Guichet ne place à peu près personne. Quand sa liste diminue, c’est à la demande de médecins qui placent leur monde. Il faut des contacts personnels pour trouver un nouveau médecin de famille. Mon médecin m’avait assuré que les anciens usagers du GMF seraient priorisés, si des places s’ouvraient. Cependant, on m’avoue compter sur les patients pour qu’ils se trouvent eux-mêmes un médecin de famille. En parlant à mes proches, j’ai constaté que plein de gens ont trouvé un médecin par copinage. Les médecins ne font pas appel à la liste, sinon pour signaler un nouveau client. Maintenant que mon tour arrive, j’ai compris que je dois essayer de trouver un médecin qui m’accepte sans attendre que le GAMF me trouve une place. Les patients doivent jouer du coude!

Il faut savoir que même si on peut aller à une consultation «sans rendez-vous» en 36 heures, selon la règle, il n’est pas possible d’avoir de suivis dans le cadre de ce type de consultation (pas d’examen annuel, pas de prélèvements, de radiographies, etc.). Qu’est-ce qu’on fera si un mal de ventre s’avère être un cancer? On recommandera des Tylenol!

Le gouvernement ne doit pas cacher la situation comme c’est le cas présentement. Il faut agir et vite. Les conséquences apparaîtront bientôt et elles peuvent être graves. Les listes d’attente ne peuvent pas s’accroître au rythme de 30 % à 40 % par année et plus, sans conséquence. La ministre a constaté le problème et a eu le réflexe de le cacher. Est-ce qu’on cachera aussi les mortalités prématurées?