La canicule et les pauvres

On annonce une nouvelle période de chaleur alors qu’on n’a peut-être pas fini de trouver toutes les personnes qui ont succombé à la récente canicule.

À mesure qu’on annonce les morts de la canicule, on dit en même temps que c’était des gens vulnérables, et on en rajoute quand même trop: des personnes avec des problèmes de consommation, des personnes avec des troubles de santé mentale, des personnes seules...

La principale raison, la vraie raison et on ne la dit pas, pourquoi ces gens sont morts de chaud tout seul, c’est qu’ils étaient pauvres.

Et on ne va pas le crier à la télé! On balbutie presque: “des problèmmmmeuh...”

C’était des pauvres gens, isolés, oubliés, largués, qui ont cuit littéralement dans des chambres misérables d’habitations inadéquates, trop froides en hiver et crevantes en été. On manque de logements sociaux à Montréal (à Québec et partout), mais des propriétaires véreux exploitent les pauvres et on dirait que rien ni personne ne peut les arrêter. Même pas la «meilleure administration» municipale qui ne veut pas se les mettre à dos.

Arrêtez de balbutier, les reporters, à la télé. La canicule n’est pas égale pour tout le monde; dans les CHSLD, les taudis, les maisons de chambres, la rue, la canicule tue les pauvres.

Bien sûr, il y a des alternatives à la climatisation, qu’on publie quand il fait plus de 35° depuis 4 jours, en culpabilisant les moins nantis qui n’ont pas d’autres choix. Si tu as un chalet, une maison, un terrain que tu peux aménager pour réduire l’asphalte et ajouter de la verdure, choisir des volets extérieurs et du lierre, si tu as une ou deux voitures et les moyens de choisir hybride ou électrique, c’est bien de pouvoir suivre tous ces beaux conseils. Mais si tu vis dans un HLM crevant où la température monte à 35° l’été quand il fait juste un peu soleil, ta petite clim portative pour rafraîchir la chambre des petits, ce n’est guère un choix! Si tu as ça.

Beaucoup n’ont même pas ce luxe.

Il n’y a pas d’équité. La canicule tue à cause de la pauvreté.

Lynda Forgues, Québec