La biométhanisation à Québec: avons-nous toute l’information?

OPINION / Le 6 février, La Ville de Québec a tenu une séance de consultation publique pour permettre la réalisation d’un centre de biométhanisation des boues municipales, des résidus de table et autres matières résiduelles solides compostables, à proximité de l’incinérateur à Limoilou (encore).

Cette séance ne portait pas sur le projet, son bien-fondé, ses coûts et ses impacts. Mais exclusivement sur les ajustements réglementaires mineurs requis en vertu de la Charte de la Ville de Québec (RLRQ, C-11.5) pour sa réalisation à cet endroit. Aux questions légitimes des citoyens sur l’opportunité sociale, économique, environnementale du projet, nous nous sommes fait répondre que cette question avait été débattue en 2016, lors de discussions sur le plan de gestion des matières résiduelles. C’est alors que j’ai compris qu’une discussion sur la vision et les grandes orientations de la ville concernant la gestion des matières résiduelles permettait aux élus, aujourd’hui, de faire l’impasse sur l’acceptabilité sociale des solutions technologiques proposées. Pourtant, la biométhanisation des résidus alimentaires triés à la source par les citoyens est une solution inutilement coûteuse (près de 100 millions en investissement et des frais d’exploitation supérieurs à ceux du compostage), risquée au point de vue technologique et inéquitable pour les citoyens de Limoilou.

Il faut savoir que cette solution ne réduit pas les GES découlant du traitement des matières résiduelles à Québec. Contrairement à l’enfouissement, l’incinération de matières organiques ne contribue pas aux GES. Par ailleurs, la chaîne complète du traitement par biométhanisation des matières organiques jusqu’à l’épandage du digestat au champ, présente un bilan énergétique presque nul, l’équivalent d’une fraction importante de l’énergie produite sous forme de méthane étant nécessaire pour sécher et transporter le digestat. Conséquemment, la biométhanisation des résidus de table ne contribuera de manière insignifiante à la réduction des émissions de GES.

En revanche, des risques technico-économiques importants sont présents puisque cette technologie n’a jamais été éprouvée à cette échelle pour les résidus alimentaires. Au surplus, en contradiction avec la vision d’une ville en santé, la solution retenue conduit à une concentration des infrastructures environnementales dans le secteur de Limoilou, ce qui est inéquitable. Finalement, on nous vante une production de biogaz (gaz naturel renouvelable), une énergie verte. La quantité produite est juste suffisante pour donner un vernis vert à la filière du gaz naturel fossile qui l’utilise déjà abondamment dans sa publicité pour rivaliser avec l’hydroélectricité et les autres énergies réellement durables.

C’est surtout un projet cachotier dont les réelles justifications sont le maintien à long terme de l’incinérateur situé au cœur de la ville, le détournement de subventions destinées à la lutte contre les changements climatiques pour financer le traitement des boues municipales et la promotion de la filière du gaz naturel fossile en tant qu’énergie de transition énergétique.

En fait, les consultations menées en 2016 ont été réalisées

• sans documentation technique sur la chaîne de procédé à mettre en place,

• sans étude technico-économique spécifique au projet de la Ville de Québec,

• sans étude d’impact environnemental,

• sans analyse de risques pour la sécurité et la santé publique,

• sans présentation des autres options comme le compostage industriel,

• sans évaluation indépendante des ratés des projets en cours au Québec ou ailleurs dans le monde depuis 2016, et

• sans entente commerciale pour la disposition du digestat de boue et du digestat d’ordure ménagère organique, deux extrants à ne pas confondre, qui présentent des caractéristiques et des risques pour les terres agricoles forts différents.

Ce que nous avons appris le 6 février de la bouche du représentant de la Ville de Québec, c’est qu’il y a deux projets de biométhanisation sur le même site: un pour les boues (deux digesteurs) et un pour les ordures compostables triées à la source (un digesteur) avec des équipements de réception, de prétraitement, de transport, de conditionnements du digestat distincts. Deux projets fondus en un seul pour confondre les citoyens et rendre l’analyse du bien-fondé de chacun impossible.

Citoyens-contribuables, avons-nous été consultés en ayant en main l’information requise pour donner un accord éclairé et libre? Non! Pouvons-nous encore nous élever contre ce projet avant qu’il ne nous soit imposé pour les quarante prochaines années? Je le pense. Notre gouvernement, nos ministres et nos députés doivent questionner ce projet dans lequel le Fonds vert engloutira une somme importante sans effet réel sur les GES. Si le gouvernement est sérieux, il exigera des explications à la Ville de Québec et soumettra ce projet à une enquête avec audiences publiques dignes de ce nom, tenues par le BAPE.

Normand Beauregard

St-Augustin-de-Desmaures

Frédéric Narbonne

Québec