La Journée sans achat, soulignée à travers le monde depuis 25 ans, fait opposition au Black Friday ou, comme on l’appelle ici, au Vendredi fou.

Journée sans achat: l’occasion de réfléchir à notre consommation

La Journée sans achat, soulignée à travers le monde depuis 25 ans, fait opposition au Black Friday.

Le CIBES y est fidèle depuis longtemps, malgré le fait que la population reste réticente à mettre de côté, le temps d’une journée, ses habitudes bien ancrées de consommation. Pour nous, elle prend pourtant une tournure particulière cette année. En effet, les débats entourant l’opportunité et la faisabilité d’un revenu minimum garanti, si cavalièrement évacué par le ministre Blais, nous placent au cœur de la problématique consumériste. 

La société évolue, du moins sur le plan des idées, dans le sens d’une meilleure protection de l’environnement, d’une plus grande justice sociale, d’une remise en cause de la notion même du travail: «Pourquoi devrions-nous perdre notre vie à la gagner?» s’interroge un intellectuel français, Batiste Mylondo. 

La protection de l’environnement passe nécessairement par une diminution de la consommation et par le recentrage de l’appareil de production. Si nous continuons à consommer n’importe quoi, les producteurs de biens continueront à produire tous les gadgets inutiles et polluants qui remplissent les étagères des hypermarchés, puisque leur seul objectif est de faire rouler une machine à profits dont les consommateurs sont le rouage essentiel. Il suffirait que collectivement nous disions non… en commençant par une Journée sans achat. 

La justice sociale passe, elle, par une diminution des inégalités entre les riches et les pauvres, c’est une évidence. Ne parlons pas des super riches, des 1 %, qui n’ont de cesse d’accumuler les milliards, s’enfermant dans une logique de profit et de pouvoir qui les rends indifférents au sort de l’humanité. Parlons plutôt de nous, citoyens et citoyennes habitant une partie du globe où les plus démunis sont un peu mieux mieux traités qu’ailleurs. Est-ce pour cela qu’il faut nous arrêter en chemin vers une plus grande justice sociale? Nous vivons dans une société riche qui a les moyens d’éradiquer complètement la pauvreté. Certains ont qualifié le revenu minimum garanti d’une fausse bonne idée, or il n’en est rien. C’est la voie de l’avenir si nous voulons arriver à une société véritablement juste et équitable. 

Et qu’en est-il du travail comme valeur et comme réalité? La robotisation et l’intelligence artificielle transforment et transformeront radicalement la production de biens et le marché du travail. Les robots font et feront les travaux répétitifs et pénibles à notre place. Ils envahissent et envahiront également plusieurs domaines réservés jusqu’ici aux professionnels. Les ordinateurs accomplissent et accompliront de plus en plus de tâches administratives et d’autres missions que nous ne pouvons qu’à peine imaginer aujourd’hui. Est-ce à dire que les êtres humains sont voués à la décadence et à l’oisiveté ? Bien sûr que non. Cependant, il nous faut réfléchir à la possibilité de travailler moins… et mieux.

Un appareil de production moins polluant et plus utile, un revenu minimum garanti, une semaine de travail de 30 heures, voilà autant de chantiers sur lesquels nous devrions nous pencher sérieusement. Profitons de cette journée sans consommer pour y réfléchir.

Bertrand Rainville, CIBES de la Mauricie