Des assiettes colorées, exemplaires ne tarderont pas à remplir nos fils d’actualité.

Journée mondiale de l’alimentation: bien manger, un droit?

OPINION / Le 16 octobre est dédié à la Journée mondiale de l’alimentation, précédant celle de la lutte à la pauvreté. Dans le cadre de cette journée, on rappelle l’importance de bien manger, de choisir des aliments variés, biologiques et, idéalement, produits localement. On met de l’avant les bienfaits d’un mode de vie sain, le plaisir des bons repas partagés, sans oublier de rappeler ce que nous pourrions faire de plus pour améliorer notre santé. Des assiettes colorées, exemplaires ne tarderont pas à remplir nos fils d’actualité.

Parce que c’est bien vrai. Se nourrir, savourer et partager le pain avec la famille et les amis est ce qu’il y a de plus rassembleur et convivial, à travers le monde et les cultures. Immuable au temps et aux changements, peu importe la tendance qui la porte, l’alimentation est transversale à bien d’autres sphères de nos vies. Dans ce défilé de messages ayant la noble intention de faire l’éloge de l’alimentation, nous oublierons une fois de plus que le droit à l’alimentation demeure bafoué, même au Québec, en 2019.

Bien qu’il ait adopté un Guide alimentaire novateur, le gouvernement canadien n’assume pas véritablement ses responsabilités en matière d’alimentation, car au Canada, près d’un million d’enfants ne mangent pas à leur faim. Même s’il est reconnu, le droit à l’alimentation n’est pas associé à un protocole de mise en œuvre permettant son respect par les divers paliers de gouvernement.

Aujourd’hui, des milliers de familles peinent à remplir leur frigo et la boite à lunch de leurs enfants. Elles ont recours aux banques alimentaires et à divers services de dépannage. Ces familles prennent ce qu’on leur offre, sans pouvoir nécessairement effectuer des choix alimentaires basés sur l’acquisition de saines habitudes de vie. Pourtant, elles ne sont pas indifférentes aux messages qui nous répètent sans cesse que nos choix à l’épicerie sont déterminants pour notre santé et celle de notre planète. Si on ne s’attaque pas à la pauvreté, aux déserts alimentaires et au coût des aliments, le droit à l’alimentation continuera d’être bafoué pour une partie de la population.

La journée du 17 octobre est donc intrinsèquement liée à celle d’aujourd’hui, puisque le refus de la pauvreté passe nécessairement par une revendication du droit à une saine alimentation. Dans le cadre de ces deux journées, nous nous devons donc de rappeler à nos élus municipaux, provinciaux et fédéraux le rôle crucial qu’ils ont à jouer pour que le droit à l’alimentation soit respecté.

Répondant à cet enjeu, le Regroupement des cuisines collectives du Québec, avec ses membres et partenaires, a produit une Déclaration pour le droit à une saine alimentation et une pétition l’appuyant, que tous et toutes sont invités à signer et à partager.

Parce que l’accessibilité universelle à une saine alimentation est loin d’être gagnée, la Journée mondiale de l’alimentation doit s’accompagner d’un engagement indéfectible de tous les paliers de gouvernement en faveur du droit à l’alimentation.

Sylvie Sarrasin,

Présidente,

Regroupement des cuisines collectives du Québec