Selon M. Archambault, le plus bel exemple d'intégration réussie est La Caserne de Robert Lepage qui combine une restauration en profondeur et un façadisme de carton-pâte.

Jeter aux poubelles de l'histoire ce que son père a construit...

La cabale en faveur de la démolition de la façade du patro St-Vincent-de-Paul bat son plein. On convoque même un obscur apprenti de l'architecte, présenté en titre comme l'un des concepteurs de l'ouvrage, pour qu'il nous dédouane de détruire l'oeuvre de son maître qui n'était pas selon lui à la hauteur de ses projets à lui... même à l'époque.
La cabale en faveur de la démolition de la façade du patro St-Vincent-de-Paul bat son plein. On convoque même un obscur apprenti de l'architecte, présenté en titre comme l'un des concepteurs de l'ouvrage, pour qu'il nous dédouane de détruire l'oeuvre de son maître qui n'était pas selon lui à la hauteur de ses projets à lui... même à l'époque.
Comme si nous avions maintenant la bénédiction de l'auteur pour que soit détruit ce qui reste de son oeuvre, sous prétexte, nous dit-il de surcroît, que 60 ans d'âge, ce n'est pas assez vieux pour être historique et digne de protection... Comme si Mozart avait eu le droit d'acquiescer à l'autodafé de son oeuvre, comme si nous n'aurions pas perdu un trésor, si l'héritier de Kafka avait accepté de respecter les désirs de l'auteur du Procès, en brûlant son oeuvre.
Même si l'architecte même de l'ouvrage nous invitait à détruire son oeuvre, elle ne lui appartient plus dès lors qu'elle est déposée dans l'espace public de la Cité, elle appartient à la Cité.
Si ce principe de non-intérêt historique d'ouvrage de moins de 100 ans avait été appliqué ou devait s'appliquer à toute oeuvre architecturale, comment aurions-nous pu conserver des ouvrages plus de 100 ans si tout ce qui n'a que 60 ans mérite d'être détruit... Bien sûr que ce qui est banalement proche de nous semble sans intérêt. Mais comment pourrions-nous jouir de cet intérêt que nous portons à ce qui nous semble historique et pertinent si nos devanciers avait détruit ce qui ne leur semblait pas digne d'intérêt parce que trop nouveau ?
Absurde
Quant à son affirmation voulant que l'intégration de partie d'édifice ancien à une nouvelle construction ne produise pas d'exemples intéressants, elle est fausse et démentie par de très nombreuses réalisations historiques célébrées partout dans le monde. Une pratique aussi vieille que la nuit des temps. Des cathédrales gothiques construites sur des ouvrages d'art roman, aux palais italiens baroques construits sur des ruines antiques ou de la Renaissance. On est ici en présence d'une inculture crasse ou tout simplement d'une ignorance trompeuse, surtout venant de la part d'un architecte présenté comme un expert d'autant plus compétent qu'il a participé à la conception de l'ouvrage concerné...
Quand donc est-il crédible ce concepteur? Quand il accepte de collaborer à un projet qu'il répudie, ou maintenant quand il nous dit qu'il faut détruire l'oeuvre de son maître? Une mentalité typiquement de son temps du reste. Jeter aux poubelles de l'histoire ce que son père a construit, pensant mieux réinventer le monde... on a vu ce que cela a donné...
Et le plus bel exemple d'intégration réussie est La Caserne de Robert Lepage qui combine une restauration en profondeur et un façadisme de carton-pâte.
Ne pas confondre avec le façadisme... décrié à Bruxelles. Une dénonciation d'une recette qui bradait conscience historique à une conscience de façade, sans substance. Ce que dénonce l'architecte quand il parle de cesser de démolir, pour recycler les bâtiments désuets ou devant changer de vocation. Il est trop tard pour le Patro, mais il n'est pas trop tard pour conserver le souvenir de ce qu'il ne faut pas faire, et ce, de manière tangible.
Ici, il n'est pas question de conscience historique, il est même question de mettre aux poubelles jusqu'au vernis de conscience historique qui à Bruxelles a au moins permis un temps de sauver des façades, ce qui a permis aujourd'hui de faire mieux en recyclant plutôt qu'en détruisant.
Témoin d'une insouciance à bannir
La valeur historique de ce qui reste du Patro réside, entre autres, dans le fait que cette conservation et intégration pourrait être un monument exceptionnel témoin d'une insouciance architecturale à bannir.
 
Cette façade est le témoin tangible du renversement paradigmatique d'avec ce qui nous a fait un temps détruire des quartiers entiers de Québec, comportement funeste qui a exigé un investissement citoyen, politique et financier considérable pendant près de 30 ans pour en corriger les erreurs grâce à l'action des citoyens du quartier et du maire L'Allier. Détruire cette façade réhabilite cette culture avec laquelle il nous faut rompre définitivement.
 
Si l'on veut léguer un patrimoine, il faut cesser de détruire ce qui n'a pas 200 ans, ou même 100 ans. Comme ce que s'apprête à détruire le Musée du Québec, l'exemple vient de haut.
 
Voilà de bonnes raisons que l'administration de cette ville exige du promoteur un sursaut de conscience architecturale qui le ferait concevoir une intégration réussie de cette façade ancienne, désuète, mais ô combien utile pour témoigner à jamais du fait, qu'ici à Québec, nous avons un jour pris la décision de construire non plus pour détruire dans 60 ans, au diable la qualité, la réflexion, le génie, mais bien de telle manière que le soin apporté à ce que nous édifions puisse perdurer des siècles et témoigner longtemps de notre génie québécois. Cela pour être à la hauteur de ce que nos ancêtres ont construit ici il y a 400 ans et qui nous est si précieux et cher depuis que nous avons entrepris de restaurer Place Royale il y a près de 50 ans.
 
À l'époque aussi on disait que tout cela n'avait aucune valeur et ne méritait pas la dépense...
Luc Archambault
Peintre, sculpteur, céramiste
Lévis (St-Étienne)