Les langues arabe et française ont été utilisées par le président du Centre culturel islamique lors de la vigile de lundi dernier, dans le secteur Sainte-Foy.

Je veux apprendre l'arabe

Lors de la vigile qui a eu lieu lundi soir à Québec, le président du Centre culturel islamique s'est adressé à la foule en arabe et en français. J'étais heureux que les deux langues s'entremêlent, un peu à l'image des discours de Justin Trudeau où s'entremêlent toujours anglais et français. Toutefois, je ne pouvais m'empêcher de me demander si ces quelques mots en arabe ne créeraient pas chez certains un malaise. Je me demandais si ces paroles ne mettraient pas à l'épreuve la solidarité et l'amour dont la foule se réclamait, rappelant à certains qu'ils ne connaissent pas grand-chose de leurs concitoyens. Je ne saurai jamais si cette crainte était fondée pour les autres, mais cette question m'a tout de même amené à réfléchir sur mes propres craintes.
Entendre parler arabe m'a toujours plu, bien que je ne comprenne pas le sens des paroles. La langue a une musicalité particulière qui me la rend agréable à entendre. Je songe à l'apprendre depuis déjà quelques années, et les récents événements donnent presque un sentiment d'urgence à ce projet. Mais j'ai l'impression qu'en parler autour de moi éveillerait des préjugés ou des soupçons sur mes intentions. Cette peur n'est pas rationnelle et doit être combattue. Il ne s'agit pas de la peur de l'autre, mais de la peur de connaître l'autre. Elle est la première à devoir être vaincue. 
Fait-on si peu confiance à nos valeurs pour craindre de les ébranler en s'exposant à la culture des autres? Si vraiment nous croyons à la solidarité des peuples, alors allons de l'avant et acceptons de mélanger nos cultures. Cessons de considérer des futilités (p. ex. les querelles au sujet des lieux de prière) comme des problèmes d'ordre identitaire et traitons-les plutôt pour ce qu'ils sont véritablement : des chicanes de voisinage, qu'on peut régler en se parlant.
La culture arabe est souvent réduite à ce qui nous est parvenu au cours des dernières années. Pourtant, pour quiconque accepte pour incomplètes les informations quotidiennes, la culture arabe contemporaine s'inscrit dans une tradition vieille de plus d'un millénaire, où coexistent sciences et religions (oui, au pluriel). 
Doit-on rappeler qu'au moment où l'Europe s'endoctrinait dans le christianisme, au Xe siècle, des scientifiques arabes, dont Al-Biruni, considéraient déjà la terre comme sphérique? Doit-on rappeler que chrétiens et musulmans croient au même Dieu? Mais le plus important, doit-on s'obstiner à parler des uns et des autres en les désignant par leur religion? Dimanche dernier, ce sont six êtres humains qui sont morts sans qu'on se soit donné la peine de les connaître. Voilà une deuxième tragédie.
Alexandre Lepage, Québec