La conjointe d’un travailleur de l’ABI a profité d’une nuit marquée par des passages d’insomnie pour rédiger le texte suivant, dans les heures qui ont suivi le vote massif des syndiqués pour l’acceptation de l’offre patronale.

Je suis la fière conjointe d’un travailleur de l’ABI

OPINIONS / Je suis la conjointe d’un travailleur fier de travailler à l’ABI. Le lock-out est enfin terminé depuis hier après dix-huit longs mois. Comment vous décrire ces dix-huit derniers mois en quelques mots? Stress, incertitude, incompréhension, tensions au sein du couple, enfants qui subissent nos humeurs, insomnie (même cette nuit, allez savoir pourquoi!), etc. Pour d’autres: dépressions, tentatives de suicide, suicides, séparations de couple, faillites et j’en passe.

Commentaires désobligeants lus sur les réseaux sociaux ou entendus dans le genre: «Fermez-moi ça cette usine-là!», «Gang de bébés gâtés, au salaire qu’ils gagnent», et ce, même de gens qu’on connaît… Des gens qui n’ont jamais mis les pieds dans cette usine, des gens qui savent tout une fois derrière un écran… Des gens qui n’ont pas pensé que leurs écrits pouvaient être blessants, des gens qui n’ont pas pensé que même les enfants entendent et voient tout. Que répondre à la question posée par ses enfants «Maman, est-ce que l’usine va fermer? Qu’est-ce qu’on va faire si papa perd son travail?» Parce qu’ils ont entendu ou lu ces commentaires désobligeants? Par contre, je me dois presque de remercier ces trolls: grâce à eux mes filles savent qu’il y a du monde innocent!

Une période de dix-huit mois où il s’est fait et défait des liens entre employés, où il s’est créé de nouvelles amitiés, où les amitiés se sont solidifiées, où on a su qui étaient nos «vrais amis». Ces mêmes vrais amis qui parfois travaillent également à l’ABI et que même s’ils n’avaient pas la même opinion sur le lock-out, sur le syndicat, les conversations ont été oui très animées autour d’un îlot, autour d’une bouteille de vin mais toujours dans le plus grand des respects. C’est également une période de dix-huit mois où si on ne les connaissait pas encore, nous avons découvert nos forces et oui, nos faiblesses. Que même si des fois, ça aurait été à moi de remonter le moral à mon chum, plus souvent qu’autrement, c’est lui qui remontait le mien. J’aurais aimé dire le contraire…

Bientôt, je vais avoir le bonheur de revoir mon chum partir le matin avec le sourire aux lèvres, avec sa boîte à lunch, fier de retourner à l’ABI car pour lui, ça a toujours été une fierté d’y travailler. Et je sais qu’à son premier matin, en passant sa carte, il va avoir une larme à l’œil.

Je suis la fière conjointe d’un travailleur de l’ABI.

Mélanie Poirier

Trois-Rivières