Selon l'auteure du texte, le ministre de l'Éducation, Sébastien Proulx, dégaine comme quelqu'un qui ne sait plus par où commencer, lui qui doit gérer ce qu'elle appelle un «monstre».

Je rêve... d'éducation, mais j'aspire à la réalité

Je rêve d'éducation parce que le sujet me passionne, parce que j'ai passé 34 années de ma vie professionnelle avec des jeunes en difficulté, à essayer avec mes collègues de faire autrement, pour que nos élèves, en majorité des garçons, en viennent à avoir le goût de se lever pour fréquenter l'école et pour apprendre quelque chose.
Je rêve d'éducation parce que je suis renversée par ce cafouillage d'annonces qui tirent dans tous les sens dernièrement : plus de maternelles 4 ans, les rénovations de nos établissements scolaires, l'engagement de trois sommités expertes dans d'autres domaines que l'éducation pour faire de nos écoles les plus belles du monde, l'encadrement de l'enseignement à domicile, l'accès des enfants sans papiers à l'école, les notes gonflées, etc. 
Dans mes rêves, je n'accuse pas le ministre de l'Éducation d'être indolent, mou ou passif, bien au contraire, il dégaine comme quelqu'un qui ne sait plus par où commencer quand il doit manipuler un monstre. 
Oui, dans mon rêve ce ministère est un monstre, un monstre de bureaucratie qui se révèle être une entrave à faire de l'éducation NOTRE priorité. On se vante de ce désir, mais on n'y croit pas.
Dans mon rêve, je réduirais les effectifs au ministère de l'Éducation pour que cesse le gaspillage d'argent public et pour redonner l'autonomie aux écoles. Je redistribuerais les sommes économisées aux experts dans le domaine, c'est-à-dire les  enseignants et tous les autres professionnels qui ont les compétences pour adapter l'école à la réalité d'aujourd'hui, pour en faire des milieux de vie où il ferait bon vivre et apprendre.
On a qu'à ouvrir bien grands yeux et oreilles pour contempler les projets innovateurs que le personnel des écoles mettent sur pied pour les rendre non seulement belles au dehors, mais stimulantes et propices aux apprentissages, et tout ça avec les moyens du bord. 
Si ces mêmes experts jugeaient qu'ils ont besoin de conseils d'architectes, d'entrepreneurs, de chefs cuisiniers, d'artistes de diverses disciplines, ils auraient les moyens de le faire et ça ne coûterait pas cinq millions. 
Je rêve que les enseignants soient triés sur le volet pour enfin être reconnus à leur juste valeur et rémunérés en fonction du rôle primordial qu'ils jouent dans la société. Finalement, j'en ai marre de rêver. J'aspire à la réalité.
Marlène Gagnon, orthopédagogue consultante, Québec