Atteint d'un cancer de la prostate doublé d'un cancer des os, André Dion demande que ses médecins puissent lui donner les médicaments qu'il faut pour que son coeur s'arrête, pour que son agonie cesse. On voit ici M. Dion avec les médicaments qu'il doit avaler en une semaine.

Je ne veux pas aller mourir à Zurich

(Au ministre de la Santé et des Services sociaux, Monsieur Yves Bolduc) - J'ai besoin de votre aide pour mieux terminer ma vie, pour mieux mourir libre, en dignité et en fierté.
(Au ministre de la Santé et des Services sociaux, Monsieur Yves Bolduc) - J'ai besoin de votre aide pour mieux terminer ma vie, pour mieux mourir libre, en dignité et en fierté.
Je ne veux pas aller mourir à Zurich, en Suisse, chez Dignitas. Même si je veux de l'aide médicale pour mourir, je ne veux surtout mettre personne dans le trouble en m'aidant à partir de ce monde.
Je veux simplement que mes médecins me donnent les médicaments qu'il faut pour que mon coeur s'arrête, pour que mon agonie cesse, pour que ma vie se termine, pour que ça se passe bien, sans douleurs, à mon heure choisie. Comme ça se passe plutôt très bien en Oregon depuis plus de 10 années.
Je ne veux personne pour m'aider ou m'encourager à prendre ces médicaments terminaux. Ce que je veux, c'est d'être accompagné par un médecin et autres professionnels estimés, et par quelques proches. J'ai bien dit accompagné, pas aidé et pas encouragé. Je ne veux vraiment pas mettre personne en problèmes majeurs, mais je veux davantage de l'humain autour de moi, de la compassion, du respect de mon geste libre, celui de terminer mon agonie et de mettre fin à mes jours en ce monde.
Vous vous demandez certainement comment j'en arrive à vous demander de permettre à un médecin de m'aider ainsi à mourir? Voici ma brève histoire.
Je suis né à Québec en 1942, et fier de l'être. J'ai vécu ici et là au Québec. J'ai pleinement vécu, sur tous les plans, et j'en suis fort satisfait et j'en remercie Dieu. Quelle vie j'ai eue! Avec des joies et des peines, elle a été très belle. Presque tout le temps, j'ai été amateur des oeuvres d'art, de plusieurs formes d'art. Une vie dans le beau, quoi!
En 2003, me voici avec un cancer de la prostate, et tout un. PSA de 80. Pas opérable. Avec en prime le cancer des os à volonté. On me donnait un an à vivre; ça fait cinq années déjà! Je suis un passé date, quoi! Mes os souffrent de plus en plus et tout mon corps aussi! Les doses de médicaments augmentent. Mon goût de vivre diminue.
Même si, autour de moi, j'ai de bonnes personnes, de bons professionnels de la santé, un beau petit appartement à Québec, dans une résidence pour personnes très âgées, des beaux séjours dans un centre-jour de soins palliatifs, mourir trop longtemps et péniblement ne m'intéresse pas. Durant mes dernières années de maladie, j'en ai vu des mourants mourir péniblement, avec assez souvent une vie de fardeau pour eux-mêmes et pour les autres. Mourir comme ça, ça ne m'intéresse pas. Ça intéresse qui, au juste?
Terminant ma vie, je veux être encore une personne, debout dans toute ma personnalité que j'ai bâtie année après année; j'y ai investi tant d'énergie! Bref, je suis prêt pour l'Autre vie, avec ceux qui m'aiment et que j'aime.
Je vous adresse une telle demande loin de la dépression; la pression me vient du comment je vais agoniser et du quand. Ma conscience? Je poserais une telle action terminale avec une grande paix dans ma conscience. Je suis un chrétien croyant. Je crois surtout que le Jésus que je connais et en qui je crois, s'il était encore ici, m'accompagnerait sans dire mot, avec une présence de compassion et avec un regard plein d'humanité et même de divinité. Pour mon entrée dans l'Autre monde, je n'ai pas à me crucifier par une agonie douloureuse et peut-être ignoble. Crucifié, Jésus l'a été une fois, et c'est suffisant!
Je sais que depuis longtemps la population canadienne est très favorable à cette aide. Intervenez auprès d'Ottawa. Les Communes doivent cesser d'avoir peur. Faites pression pour que cette aide médicale de compassion ne soit plus un crime, tout en étant toujours très bien encadrée.
Vous savez, monsieur le ministre, que des médecins québécois avouent secrètement aider activement des mourants à mourir. Il est à espérer que ceux qui le font ou qui veulent le faire s'unissent et s'affichent publiquement. Ces médecins ne sont pas et ne seront pas des assassins; ce sont des professionnels humains qui humanisent courageusement notre fin de vie. Ils méritent d'être mieux compris et soutenus par votre ministère et aussi par leur Collège.
Bref, ça fait depuis plus de cinq années que j'ai commencé à mourir, de vivre perte après perte, deuil après deuil. Prendre une tonne de médicaments par jour devient lourd et écrasant à vivre. J'ai parfois l'impression que ma vie baigne dans le contre-nature. Disparaître de ce monde est mon destin et j'ai le courage de le vivre. Je ne veux pas aller mourir en Suisse, comme ont dû le faire deux Canadiennes, Manon Brunelle, de Montréal, et Elizabeth MacDonald, de Halifax, il y a moins de cinq années. Ce qui m'a le plus impressionné, c'est le film Le choix de Jean (Aebischer) que j'ai vu à la télé; ce film-témoignage est une chronique des deux derniers mois de ce Suisse de 58 ans, atteint d'un cancer avec métastases au cerveau; il fait ses généreux adieux et se fait aider pour mourir à son heure; il est décédé le 6 janvier 2004.
Au moment final, au début intense de mon agonie, je veux qu'un médecin m'aide à mourir dignement, en m'apportant le médicament du grand départ, au jour de mon choix, au lieu choisi, accompagné dans une douce et respectueuse compassion. En terminant ainsi ma vie, je partirai le coeur comblé, l'esprit en paix et ma vie satisfaite. Debout je mourrai! En transparence on m'accompagnera! Là est mon dernier rêve. Monsieur le ministre de la Santé et des Services sociaux, face à mon possible dernier été et moins, il ne me reste plus beaucoup de vie à vivre, de rêves à rêver, d'espoir à espérer. Ne m'obligeons pas à aller mourir en Suisse. Ce serait honteux. Pour tous. Aidez-moi à mourir dans la fierté! Ici, au Québec.
J'ai demandé de l'aide pour vous écrire une belle et une bonne lettre. Belle et bonne comme la fin espérée de ma vie.
Recevez mes salutations, mon admiration et ma gratitude.
André Dion, Québec