Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney
Le premier ministre de l'Alberta, Jason Kenney

Jason Kenney et la nécessité de penser l’après-pétrole en Alberta

POINT DE VUE / Le 27 avril, le premier ministre albertain, Jason Kenney, a eu cette réaction viscérale lors de la conférence de presse quotidienne sur la COVID-19.

Interrogé à savoir si la crise économique actuelle ne prouvait-elle pas qu’il était temps pour l’Alberta d’envisager un avenir post-pétrole, il s’est emporté en signalant au journaliste l’impertinence de sa question dans le contexte actuel.

Cette attitude étonne. Lorsqu’on voit sa communauté souffrir d’un tel marasme économique en raison de la baisse vertigineuse des prix du pétrole, et que celle-ci est en bonne partie le fruit de décisions prises par d’autres acteurs, ce genre de questionnement devrait pourtant émerger.

Il est assez évident que le mauvais sort de l’économie albertaine est dû à des décisions sur lesquelles elle n’a aucune prise. Pis encore, elle dépend des stratégies géopolitiques de deux personnes, essentiellement: les dirigeants saoudien, Mohammed ben Salman, et russe, Valdimir Poutine.

Pauvre Alberta. Elle qui a tant contribué au transfert de richesses au Canada, et dont le Québec a largement bénéficié par le truchement de la péréquation, voit son sort finalement décidé par deux dirigeants bien étrangers à ses intérêts, et, au surplus, à la réputation sulfureuse.

Car l’écrasement des prix du pétrole, jusqu’en territoire négatif pendant une brève période, est certes la conséquence de la pandémie, mais surtout d’une guerre commerciale entre l’Arabie saoudite et la Russie. 

Ces deux pays ne cherchent qu’à protéger leur part de marché et, au passage, à doucher les producteurs de pétrole américains qui menacent leur hégémonie, au point d’avoir dépassé leur production il y a quelques années. On ne parle pas ici d’une économie de marché avec des règles égales pour tous, dans laquelle l’Alberta pourrait faire sa niche, mais bien d’une guerre entre deux dirigeants d’États non-démocratiques dans laquelle l’Alberta pèse bien peu.

Avec une telle dépendance à l’égard de manœuvres machiavéliques hors de son contrôle, et avec des perspectives de reprise fort mitigées, l’Alberta devrait lancer dès maintenant une réflexion de fond sur la diversification de son économie.

Malheureusement, la réponse courroucée de Jason Kenney à la question du journaliste sur cet enjeu si fondamental laisse songeur et augure probablement mal pour l’économie albertaine.