«Sa seule présence, ce qu'il était, en disait plus que tout ce qu'il pouvait chanter», se souvient Christian Larsen.

J'ai auditionné Leonard Cohen

J'ai eu la bonne fortune de connaître dans ma vie quelques-uns des plus beaux types d'homme et de femme que le Québec ait engendrés, entre autres : Pierre Perrault, Félix Leclerc, Gilles Vigneault, Pierre Dansereau, Pauline Julien et Leonard Cohen. Ce dernier vient de nous quitter à 82 ans.
En 1965, j'essayais de recruter des chansonniers et interprètes anglophones en vue de la série Chansons télévisée sur CBC. Elle était le pendant de Mon pays mes chansons, dont j'avais été l'auteur et le coréalisateur. Quelqu'un, probablement Michel Garneau, me suggéra de communiquer avec Leonard Cohen, un poète talentueux, avait-il précisé.
Je convoquai donc Leonard pour une audition au 3745, de la rue Coronet où habitait aussi mon ami Claude Léveillée. C'était un beau jour d'automne. Leonard fit son apparition. Il avait une tête de jeune premier et un regard de moine. Un regard qui porte loin. Il semblait un peu mal à l'aise, mais mon allure bohème et joyeuse le rassura. Il chanta Suzanne, d'une voix un peu monocorde, rocailleuse, et une autre chanson dont j'oublie le titre. Pendant qu'il chantait, j'étais frappé par ce qu'il dégageait de mystérieux, de lumineux. Sa seule présence, ce qu'il était, en disait plus que tout ce qu'il pouvait chanter. Quelque chose passait à travers lui, qui n'était pas de lui. Comme pour un plat, on ne voyait pas le feu, mais on sentait qu'il était passé par le feu.
Je l'engageai pour l'émission Chansons. Il prit alors la clef des chants. Il aima, il pria, il pleura, il chanta. Il ne passa pas à côté de la vie. Il nous laisse une belle histoire d'amour et cette folle espérance: c'est par nos failles et nos faiblesses qu'entre et passe la lumière.
Alleluia, alleluia.
Christian Larsen, Gatineau