«J’ai eu l’honneur d’être membre de l’Assemblée nationale pendant 14 ans, travaillant avec des francophones et anglophones de partout au Québec, en français, pour améliorer notre société», écrit l’ex-député libéral de Notre-Dame-de-Grâce Russell Copeman, ci-dessus en 2006 avec son collègue Philippe Couillard.

J’accuse… personne

Je me considère un Anglo-Québécois modéré, raisonnable et francophile. Or, le projet de loi 21, et le discours public à son sujet me découragent énormément.

J’ai grandi dans l’ouest de Montréal. Mes parents parlaient peu de français, mais ma mère disait que si je voulais rester au Québec, je devais perfectionner mon français. C’était en 1972. Et c’est ce que j’ai fait.

Né protestant, je me suis converti au judaïsme il y a plus de 30 ans, après avoir marié mon épouse juive.

J’ai eu l’honneur d’être membre de l’Assemblée nationale pendant 14 ans, travaillant avec des francophones et anglophones de partout au Québec, en français, pour améliorer notre société. J’ai aussi été maire de l’arrondissement vraisemblablement le plus diversifié de la ville de Montréal.

Le Québec est un magnifique endroit où vivre. Existe-t-il des Québécois intolérants? Bien sûr; mais selon mon expérience, les Québécois sont ouverts d’esprit et accueillants. Notre société a été façonnée, en grande partie, par des vagues d’immigration et par l’intégration remarquablement harmonieuse des nouveaux arrivants.

Alors pourquoi suis-je plié en quatre à propos du projet de loi 21? Parce que je me sens déconnecté de trop de mes concitoyens québécois et très mal à l’aise devant la restriction du port de symboles religieux et le recours aux clauses nonobstant pour supplanter les droits fondamentaux.

Le projet de loi 21 va loin, plus loin que le fameux rapport Bouchard-Taylor. Les restrictions proposées sont d’une portée plus vaste en s’appliquant aux enseignant(e)s et aux directeurs-trices d’écoles. Charles Taylor et Gérard Bouchard ont tous deux dénoncé le projet de loi.

Très, très peu de Québécois qui occupent des postes dits d’autorité portent des symboles religieux. Personne n’a jamais réussi à établir que l’un ou l’autre d’entre eux était biaisé. Cela fait du projet de loi 21 une solution à la recherche d’un problème.

Valeur québécoise importante

Mais le caractère laïc de l’État est une valeur québécoise importante, de dire les défenseurs. Je vis près d’une montagne dominée par une croix illuminée entretenue par l’autorité civique, près de l’école publique Sainte-Catherine-de-Sienne. J’ai siégé dans deux salles de délibération sous des crucifix qui — jusqu’à récemment — y étaient «pour de bon» parce qu’ils «font partie de notre patrimoine.» Aucune contradiction là, pas vrai?

Les deux principaux arguments invoqués par le gouvernement pour expliquer le projet de loi 21 m’inquiètent. Le premier : «Nous vous avons dit que nous le ferions et nous avons obtenu une forte majorité aux élections.» La CAQ a obtenu 37 % du vote populaire, le plus faible pourcentage de votes de tout gouvernement majoritaire de l’histoire récente du Québec. Ce n’est pas un mandat très fort pour une loi qui entraîne des conséquences aussi répandues et dramatiques.

Le deuxième argument : une majorité de Québécois l’approuvent. Il n’est ni scandaleux ni antidémocratique de suggérer que, parce qu’une majorité appuie une mesure donnée, il est normal que le gouvernement en fasse la promotion et qu’une législature l’adopte. Les droits individuels sont consacrés par des lois, souvent constitutionnelles, pour protéger les minorités de gestes parfois contestables de la majorité. Les droits fondamentaux, par exemple la liberté de religion, ne sont pas un concours de popularité.

L’aspect du projet de loi 21 qui me désole particulièrement est la légèreté avec laquelle des droits individuels fondamentaux seront supprimés.

Il est condamnable que mon gouvernement propose de contourner le recours judiciaire normal en incluant les clauses nonobstant des Chartes fédérale et québécoise dans le projet de loi 21. Si le projet de loi est raisonnable et modéré comme autant le prétendent, laissons à nos tribunaux la tâche de trancher, comme ils le font pour toutes les lois.

Je suis d’avis que les Québécois sont davantage ouverts et généreux que bien des mesures prévues au projet de loi 21. Surtout lorsque nos élus font preuve de leadership ouvert et généreux.