Les milices chiites recrutées localement, formées et financées par les Pasdaran, sont sous les ordres du Guide suprême iranien, Ali Khamenei.

Iran: une stratégie de déstabilisation

La nouvelle stratégie qui vient d’être tracée par le président américain, Donald Trump, à l’égard de l’Iran a suscité beaucoup de commentaires. Des désaccords avec l’Europe sont apparus sur la suite à donner à l’accord sur le nucléaire conclu en juillet 2015 entre Téhéran et les puissances mondiales. Les Européens estiment qu’il faut préserver l’accord tout en œuvrant à le compléter, notamment pour permettre un plus grand accès aux sites militaires controversés du régime.

Des convergences de vues sont toutefois à signaler. «Cet accord est-il suffisant? Non», avait récemment déclaré le chef de l'État français, Emmanuel Macron, à des journalistes à New York, en marge de l'Assemblée générale des Nations Unies. «Il ne l'est pas compte tenu de l’évolution de la situation régionale, de la pression croissante que l'Iran exerce dans la région et compte tenu de l'activité depuis l'accord, accrue de l'Iran sur le plan balistique.»

Le rôle déstabilisateur du régime iranien dans la région, mené par le Corps des Gardiens de la révolution (CGRI ou Pasdaran) et son programme balistique inquiètent en effet unanimement. Les Pasdaran viennent d’être désignés une entité terroriste par le Département du Trésor américain.

S’ingérer dans les affaires intérieures d’autres pays et notamment l’exportation du terrorisme et du fondamentalisme ne sont pas des politiques marginales du régime du clergé. Il s’agit de réaliser le rêve de Khomeiny, le fondateur de la «République islamique» qui avait fixé pour les Pasdaran la mission d’exporter la révolution hors des frontières de l’Iran. Cette force est devenue aujourd’hui un instrument qui déstabilise les voisins et sévit de Beyrouth à Damas, en passant par Bagdad et Sanaa avec les milices à sa solde. Le régime veut installer un ordre hégémonique dans la région. 

Téhéran a particulièrement concentré son attention sur les chiites dans différents pays de la région, attisant les conflits sectaires. Les milices chiites recrutées localement, formées et financées par les Pasdaran, sont sous les ordres du Guide suprême iranien, Ali Khamenei. Elles sont chargées de faire avancer les objectifs expansionnistes du régime dans la région. 

Les crimes commis par les pasdaran sous la bannière de l’islam chiite, notamment la répression des populations sunnites en Irak et en Syrie, ont causé l’émergence de groupes extrémistes tels que Daech, qui se sont inspirés du modèle de Khomeiny pour instaurer à leur tour un «califat islamique».

Projets expansionnistes

Presque aucun pays dans la région n’est à l’abri des projets expansionnistes de Téhéran. Les Pasdaran sont impliqués dans des tentatives de domination dans au moins quatre pays: l’Irak, la Syrie, le Yémen et le Liban. De plus, des informations sur les projets d’attentats et de déstabilisations sont régulièrement dévoilées au Bahreïn et au Koweït. 

En Syrie, cette présence militaire a permis au dictateur Bachar Al-Assad de réprimer son opposition et d’éviter pour le moment l’effondrement de son régime. Le prix a été particulièrement lourd en vies humaines. À l'été 2016, l’opposition syrienne signalait la présence de 70 000 troupes composées d’Afghans, de Libanais, d’Irakiens et de Pakistanais, tous liés directement au corps des Pasdarans iraniens en Syrie.

La population iranienne a accueilli favorablement la désignation des Gardiens de la Révolution comme une entité terroriste. L’Iranien de la rue exècre les Pasdaran qui monopolisent plus de la moitié de l’économie iranienne et causent de graves destructions pour l’environnement du pays. Nombre de rivières et de lacs sont asséchés en raison des exploitations excessives liées aux Gardiens de la révolution.  

Les manifestations se multiplient actuellement en Iran par des dizaines de milliers d’Iraniens spoliés par les institutions financières liées aux Pasdaran et au Guide suprême. La population dénonce les détournements de fonds et les coûts astronomiques engendrés par les ingérences du régime en Syrie et ailleurs dans la région.

Alors que ce pays repose sur d’énormes richesses naturelles, un tiers de la population vit sous le seuil de la pauvreté absolue (Agence de presse Mehr, 19 août 2016). 

Une situation qui est source d’instabilité pour le pouvoir en place et les analystes prévoient la possibilité de troubles sociaux plus étendus qui pourraient ébranler le régime.  La mise sur la touche des Gardiens de la révolution risque d’accélérer ce processus.

Hamid Enayat, militant des droits de l’homme iranien, Paris