Louise Cordeau, présidente du Conseil du statut de la femme

Inquiète pour le Conseil du statut de la femme

Ainsi donc, la nouvelle présidente du Conseil du statut de la femme croit que l'égalité de droit est presque atteinte et que l'égalité de fait approche. Selon ce que Louise Cordeau confiait au Journal de Québec, «le féminisme, au départ, c'est croire en l'égalité homme-femme». Rappelons d'abord qu'il n'y a pas un féminisme, mais des féminismes. Et que pendant longtemps, celui qui a animé le Conseil du statut de la femme n'était pas de type jovialiste, mais plutôt tiède, voire mièvre.
Je m'inquiète de lire que le nom du Conseil pourrait changer pour cause d'exclusion des hommes. Le Conseil du statut de la femme n'a pas besoin d'une dénomination qui interpelle les hommes, mais d'une présidente consciente des nouvelles formes de discrimination et d'inégalité que vivent actuellement les femmes parce qu'elles sont des femmes. Cet organisme n'a pas besoin d'une «médiatrice», comme madame Cordeau se décrit, mais d'une porteuse de ballon, fonceuse, qui osera réclamer haut et fort des rapports hommes-femmes complètement différents.
Il est crucial que le Conseil du statut de la femme soit un organisme qui perçoive non seulement que l'égalité n'est pas atteinte, mais que le patriarcat prend de nouveaux contours; qu'à coup de politiques d'austérité, les inégalités entre les femmes et les hommes s'aggravent. Avons-nous besoin de rappeler au Conseil qu'une femme sur trois sera agressée sexuellement au cours de sa vie? Que des campagnes de prévention auprès des jeunes hommes universitaires semblent nécessaires pour que les initiations de début d'année ne dégénèrent pas? Qu'un nombre effarant de femmes sont tuées par leur conjoint qui ne digère pas la rupture? Que certains médias continuent d'en parler comme des drames conjugaux? Qu'au nom d'un supposé droit des hommes à obtenir du sexe où ils veulent quand ils le veulent, plus de 250 salons de massage roulent 24 heures par jour à Montréal, broyant la vie et le corps de celles qui arrivent à en sortir. Que les maisons d'hébergement pour femmes victimes de violence débordent? Que des femmes, appauvries par les mesures d'austérité, n'ont pas accès à une retraite décente? Qu'elles sont plus nombreuses à accepter des emplois à temps partiel pour conjuguer travail et famille? Que les tâches domestiques incombent encore largement aux femmes, tel que le démontrait l'Institut de recherche et d'informations socio-économiques en 2014?
Aux dires de la nouvelle présidente, des questions comme les aidantes naturelles seraient prioritaires. Soit, mais espérons que le Conseil dénonce, par le fait même, que ce sont des politiques d'austérité, notamment des coupes dans le système de santé, qui ont mené tant de femmes à prendre le relais et à assumer la fonction d'aidante. Rien de vraiment naturel, bref. Aurélie Lanctôt signait récemment un brillant essai intitulé Les libéraux n'aiment pas les femmes. Je songe à l'offrir à madame Cordeau, question de lui rappeler son rôle d'observatrice critique et dénonciatrice du gouvernement en place.
Martine B. Côté, militante féministe, Montréal