Ingénieurs: une loi désuète

Le gouvernement du Québec a déposé cette semaine un vaste projet de loi qui comprend, entre autres, des orientations concrètes pour la modernisation tant attendue de la profession d’ingénieur. Alors que le Québec se positionne comme un leader dans le secteur de l’intelligence artificielle, la modernisation de la Loi sur les ingénieurs s’impose en effet plus que jamais.

Cette loi adoptée en 1964 n’a fait l’objet d’aucune révision depuis, malgré l’évolution fulgurante des technologies et des types de génie qui y sont associés. Encore à ce jour, les génies récents ou émergents (pensons au génie informatique) échappent à la juridiction de l’Ordre des ingénieurs du Québec et donc à sa capacité d’assumer son rôle de protection du public. 

Pour le moment, la Loi sur les ingénieurs encadre essentiellement les domaines traditionnels du génie (civil, mécanique, électrique et chimique). Il n’est donc pas surprenant que, dans un récent sondage mené auprès des 63 000 ingénieurs québécois, 87 % des répondants aient signifié que la modernisation de la Loi sur les ingénieurs est nécessaire, voire urgente.

C’est pourquoi nous accueillons très favorablement, dans le tumulte de la fin de session parlementaire à Québec, le dépôt par le gouvernement d’un projet de loi qui se veut le signal qu’il est temps d’agir. Après avoir maintes fois rappelé la nécessité d’agir en ce sens au cours des dernières années, l’Ordre des ingénieurs du Québec se réjouit de ce signal important.

Toutefois, force est de constater qu’il y a loin de la coupe aux lèvres puisque ce sera à la prochaine législature de considérer à nouveau la nécessité de revoir la Loi sur les ingénieurs. C’est pourquoi, à l’aube d’un rendez-vous électoral d’octobre prochain, nous en appelons à l’ensemble des partis politiques, afin qu’ils s’engagent envers une refonte complète de cette loi.

Mais il ne faut pas se contenter du rattrapage, puisque nous serons alors déjà en retard. Comment protéger le public quant aux biais intrinsèques d’un algorithme ? Comment protéger le public quant à la confidentialité des données dans les nouvelles technologies ? Comment protéger le public face à de nouvelles réalités comme les voitures autonomes ?

Lorsque l’on constate la vitesse à laquelle progressent les technologies, la prochaine Loi sur les ingénieurs devra non seulement refléter l’évolution de la profession mais aussi permettre d’anticiper les enjeux de protection du public auxquels nous devrons faire face dans le futur.

Kathy Baig, présidente, Ordre des ingénieurs du Québec