Pourquoi «avoir recours à la sous-traitance (à grande échelle) dans un secteur aussi essentiel à l’administration publique que les ressources informationnelles?», déplore l'auteur.

Informatique gouvernementale: un État sans expertise livré aux consultants

L’Assemblée nationale du Québec termine l’étude du projet de loi no 135 sur la gouvernance et la gestion des ressources informationnelles. Or, rien dans ce projet de loi ne s’attarde au problème fondamental : pourquoi avoir recours à la sous-traitance (à grande échelle) dans un secteur aussi essentiel à l’administration publique que les ressources informationnelles, communément nommées «informatique»?

C’est un dossier dans lequel le gouvernement du Québec ne se présente pas comme un grand stratège.

Par exemple, près de 526 techniciens en programmation travaillent pour Québec. De ce nombre, plus de 56 % ne sont pas des employés du gouvernement. Autre exemple, 566 techniciens de soutien supportent les dizaines de milliers d’usagers des services informatiques du gouvernement. C’est eux qu’on appelle lorsque les logiciels «gèlent»; les courriels bloquent; les mises à jour doivent être faites; bref, quand les employés deviennent moins productifs parce que le système sur lequel ils travaillent ne fonctionne plus. C’est un défi quotidien, récurrent et permanent : jamais cette activité ne disparaîtra. Alors, pourquoi retrouve-t-on plus de 24 % des employés de firmes privées dans ce domaine qui, en toute logique, devrait être uniquement occupé par du personnel du gouvernement? Tout simplement parce que si on ne programme pas soi-même, on dépend encore de la firme externe qui a fait le travail pour assurer le «service à la clientèle». C’est la dépendance dans toute sa splendeur.

Je tape donc ici sur un clou déjà enfoncé : l’État doit bâtir son expertise en informatique. Il doit être constamment à la fine pointe des développements informatiques (pas 10 ans en arrière!), en plus d’éviter d’être dépendant de firmes gourmandes de profits.

L’informatique sera toujours au cœur du travail du gouvernement. Il est anti-productif que cet outil stratégique soit contrôlé par le secteur privé. C’est un peu comme si un boulanger sous-traitait le pétrissage de son pain. C’est illogique, inefficace et en plus, plus coûteux.

Développer une telle expertise ne sera pas chose facile et rapide, mais il en va de l’efficience et de l’efficacité du gouvernement, tout comme il en va de la bonne gestion financière de nos impôts.

Le projet de loi no 135 «prévoit de l’amélioration» en modifiant le haut de la structure hiérarchique (laquelle demandera plus de rapports, plus d’outils de planification) et en brassant des structures administratives. Le gouvernement croit que les problèmes de délais et de dépassements de coûts disparaîtront en s’attaquant seulement à la gestion de la sous-traitance? Nous sommes convaincus que c’est une fausse solution à de vrais problèmes.

Le SFPQ propose plutôt au gouvernement du Québec de commencer par la base des activités informatiques pour développer et stabiliser, à l’interne, son expertise en programmation et en soutien aux usagers, pour ensuite améliorer sa capacité à planifier et à gérer des projets. Il faut y aller par petits pas, il en va du succès d’un exercice de rattrapage nécessaire aux projets informatiques gouvernementaux.

Christian Daigle, président général, SFPQ