Bien qu'elles possèdent la formation la plus poussée au Canada, les infirmières praticiennes spécialisées du Québec demeurent celles dont le champ d'intervention est le plus limité au pays et même en Amérique du Nord, déplore l'auteure. 

Infirmières praticiennes spécialisées: une occasion à saisir pour le Québec

Les infirmières praticiennes spécialisées (IPS) sont une solution privilégiée pour améliorer l'accès aux soins de santé, si elles disposent d'une autonomie à la hauteur de leurs compétences.
Malheureusement, bien qu'elles possèdent la formation la plus poussée au Canada, les IPS du Québec demeurent celles dont le champ d'intervention est le plus limité au pays et même en Amérique du Nord.
Pour une première fois depuis plus de 10 ans, l'Office des professions, le Collège des médecins (CMQ) et l'Ordre des infirmières et des infirmiers du Québec (OIIQ) procèdent actuellement à la révision des règlements entourant la pratique des IPS. Il s'agit d'une occasion unique à saisir pour combler le retard du Québec par rapport aux autres provinces canadiennes.
Les IPS du Québec souhaitent, comme celles du reste du Canada, pouvoir poser des diagnostics et les annoncer à leurs patients, amorcer le traitement pour des maladies chroniques courantes comme le diabète, l'hypertension, l'hypercholestérolémie ou les maladies respiratoires, donner le congé hospitalier, référer directement en spécialité lorsque c'est nécessaire et remplir les attestations de santé le cas échéant.
En leur octroyant ces pouvoirs, il serait possible de rendre notre système de santé nettement plus accessible et performant. Cela permettrait notamment de réduire les délais d'attente pour les patients, d'éliminer des consultations médicales inutiles, de libérer les médecins afin de traiter d'autres patients, d'éviter des dépenses importantes pour le ministère de la Santé et, au final, d'améliorer la qualité et la continuité des soins.
Dans une missive envoyée à l'Office des professions le 2 juin 2017, le ministre Gaétan Barrette a émis des recommandations similaires. Tous les autres partis politiques s'entendent également pour utiliser pleinement les compétences des IPS du Québec. La Fédération interprofessionnelle de la santé (FIQ) ainsi que le Regroupement provincial des comités des usagers sont du même avis. Bref, un consensus se dégage tant au sein de la population qu'au niveau politique.
Blocage
Malheureusement, lors d'une entrevue sur les ondes d'une radio montréalaise, vendredi dernier, le président du Collège des médecins, le Dr Charles Bernard, a confirmé nos craintes. Il a admis que les principales demandes des IPS - notamment la possibilité de poser un diagnostic ou d'amorcer le traitement de maladies chroniques courantes - ne figuraient toujours pas au projet de règlement à l'étude à l'Office des professions.
En guise d'explication, le Dr Bernard est allé jusqu'à dire que les IPS ne disposaient pas de la formation et des compétences nécessaires à de tels actes. Il s'agit d'une affirmation qui, en plus de manquer de respect à l'égard de professionnelles qualifiées, ne tient pas la route.
Rappelons-le : pour devenir IPS au Québec, une infirmière bachelière doit compléter une maitrise en sciences infirmières et un diplôme d'études supérieures spécialisées, un programme intensif de deux ans. Il s'agit de la formation la plus avancée au Canada. Or, partout ailleurs, les IPS ont acquis le droit d'exercer ces activités médicales.
Le sens des responsabilités
Le Collège des médecins et l'OIIQ ont donc la responsabilité, envers la population et les patients du Québec, de reconnaître le rôle complémentaire que doivent exercer les médecins et les infirmières. Nous demandons à l'OIIQ de ne pas consentir à un règlement qui limiterait pour 10 années supplémentaires le champ de pratique des IPS.
Enfin, l'AIPSQ estime que le ministre de la Santé, Gaétan Barrette, a tout le pouvoir d'exercer le leadership nécessaire pour en arriver à un règlement satisfaisant. Il a démontré à plusieurs reprises qu'il est un homme d'action. La lettre récemment envoyée à l'Office des professions a confirmé son ouverture à nos demandes et était un pas dans la bonne direction. Nous sommes confiants que le ministre saura prioriser la population et utiliser le poids politique dont il dispose pour faire entendre raison aux ordres professionnels. 
Il en va de l'avenir de notre système de santé.
Christine Laliberté, présidente, association des infirmières praticiennes spécialisées du Québec