L'auteur s'insurge que l'Association minière du Québec n'envoie plus de représentants aux comités de travail de la CNESST faute de ressources, parce que la contestation devant les tribunaux d'une ordonnance de la CNESST lui demande trop d'énergie.

Industrie minière: la prévention avant les contestations

Le succès de la santé et la sécurité reposent sur la prévention. L'Association minière du Québec a reconnu cette semaine qu'elle n'envoie plus de représentants aux comités de travail de la CNESST faute de ressources, parce que la contestation devant les tribunaux d'une ordonnance de la CNESST lui demande trop d'énergie. C'est un mépris absolu pour la prévention en santé et sécurité. L'Association minière du Québec révèle ainsi sa vraie nature: la contestation y est plus importante que la prévention.
Certes, l'Association publie de beaux communiqués où elle dit faire de la prévention sa priorité. Mais les gestes disent autre chose. Il était d'ailleurs désolant de voir l'absence complète de référence aux comités de travail de la CNESST dans le communiqué en question.
Depuis un peu plus d'un an, l'Association minière et certains de ses membres adoptent une attitude belliqueuse, paralysant les comités, multipliant les contestations, déployant une coûteuse armada juridique. Il est temps de revenir à une vraie collaboration. Avant d'être une affaire de gros sous pour des minières qui veulent réduire les primes d'assurances, limiter les accidents indemnisés, sortir le plus de minerai en le moins de temps possible, la santé et la sécurité sont des enjeux de vie ou de mort pour les travailleurs. Il ne faudrait pas le perdre de vue.
Le paritarisme: gage de succès
La santé et la sécurité sont au coeur de l'action syndicale des Métallos depuis les toutes premières années. Avant même que la Loi sur la santé et la sécurité du travail instaure au début des années 1980 des comités de santé et sécurité avec des représentants des travailleurs, les Métallos en avaient institué lors de négociations dans plusieurs mines ou usines. La Loi est venue étendre ce qu'on avait commencé à négocier.
L'approche de prévention impliquant les travailleurs a fait toute une différence dans les milieux industriels où la Loi s'est appliquée (malheureusement pas partout encore). En impliquant les travailleurs dans la prévention, on se rapproche du quotidien, de la façon dont les tâches sont exécutées, des outils employés. C'est en étant proche du terrain qu'on arrive à développer des pratiques plus sécuritaires. Les nettes diminutions du nombre d'accidents en font foi.
Les sous-comités de la Commission sur la santé et la sécurité du travail sont le prolongement de cette logique. On y discute avec des gens de terrain, des travailleurs, des cadres des minières, de prévention, de santé et de sécurité, d'outils de travail, de plans d'action en des termes très concrets.
Un de ces sous-comités avait d'ailleurs sur sa table de travail depuis 2016 de se pencher sur les effondrements survenus ces dernières années dans les mines souterraines. Cette analyse était sur la glace à cause du boycottage exercé par l'Association minière du Québec. C'est d'ailleurs un nouvel épisode d'effondrement qui a blessé trois personnes la fin de semaine dernière, dont un gravement.
Non, on ne peut imputer directement l'accident au boycottage de comités, mais la prévention en santé et la sécurité est une bataille de chaque instant. Dès que la vigilance se relâche, les accidents se multiplient. On peut être certain que les travaux de ces comités contribuent à prévenir de futurs accidents.
Nous faisons appel au gros bon sens des minières. Les bouderies ont assez duré. Il faut se remettre à l'ouvrage pour prévenir les accidents. Ensemble.
Alain Croteau, directeur québécois des Métallos