Immigration: une perspective déshumanisante

La Ligue des droits et libertés, section de Québec (LDL-Qc) déplore que, dans le cadre de cette campagne électorale, la question de l’immigration soit traitée dans une perspective réductrice et déshumanisante. La guerre des seuils d’immigration et la désinformation sur les processus de sélection réduisent les parcours de vie de ces personnes à de simples chiffres, quand ce n’est pas en les assimilant à une menace pour le Québec de demain. Pendant ce temps, les partis évitent de répondre aux questions complexes de l’accueil des nouveaux arrivants, de leurs conditions de vie et des discriminations qu’ils et elles rencontrent dans l’exercice de leurs droits.

La LDL-Qc lance quatre questions aux partis afin de recadrer le débat autour des réalités vécues par les personnes immigrantes.

1- Reconnaissance des diplômes

Les politiques migratoires actuelles préconisent l’établissement de niveaux d’immigration selon les besoins du marché du travail. Or, nombre de personnes immigrantes sont confrontées à la non-reconnaissance de leurs diplômes et de leurs compétences. Le taux de surqualification des personnes immigrantes a d’ailleurs connu une hausse au Québec, passant de 37 % en 2006 à 44 % en 2017, alors qu’il varie peu chez les natifs (Institut statistique du Québec). Sachant que le travail est un vecteur d’intégration et d’autonomisation, comment les partis prévoient-ils faciliter l’insertion à l’emploi des immigrant(e)s dans leur champ de spécialisation?

2- Droit au logement

Selon la Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse, le nombre de plaintes pour discrimination lors de la recherche d’un logement était en hausse entre 2006 et 2016 et le tiers des dossiers concernaient des discriminations liées à l’origine ethnique et à la couleur de la peau. L’inégalité d’accès à des logements convenables — particulièrement problématique dans le secteur privé — constitue un frein à l’amélioration de la qualité de vie des personnes immigrantes ou racisées. Comment les partis proposent-ils d’améliorer l’accès à des logements de qualité? Quels sont leurs engagements par rapport au développement du logement social?

3- Accès aux soins et services sociaux

La difficulté d’obtenir de l’information et des services en matière d’immigration nuit à l’accessibilité des services publics pour les nouveaux arrivants. Ainsi, des questions liées à l’aide juridique, au système de santé, aux services de garde et à la francisation n’ont pas d’interlocuteur étatique direct pour les personnes immigrantes et les organismes qui les accompagnent. À quand le retour d’un point de service public en immigration à Québec?

4- Commission sur le racisme systémique

Les difficultés d’accès à l’emploi, au logement, aux soins de santé et aux services sociaux sont autant d’exemples d’obstacles que les immigrants — et de manière plus générale, les personnes racisées — rencontrent dans leur intégration à Québec, et qui méritent davantage d’attention médiatique et politique. Depuis plusieurs années, une large coalition citoyenne se mobilise pour revendiquer une commission d’enquête sur le racisme systémique qui serait indépendante et autonome de toute autorité politique. Comment les partis entendent-ils répondre à cet appel et comment comptent-ils favoriser l’inclusion et la tolérance au Québec?

Maude Cloutier, vice-présidente de la Ligue des droits et libertés, section de Québec