Il y a loin du gène au profil médical

En réaction à la lettre «Le droit de connaître ses origines génétiques», parue le jeudi 16 mars
Caroline Fortin, présidente du Mouvement Retrouvailles, a lu l'article d'Annie Mathieu (Tourisme généalogique: Québec rate-t-elle le train?) et réagi avec une opinion tout à fait légitime. Je me permets toutefois de préciser certains éléments auxquels je suis lié dans cet article. Outre la correction de mon nom de famille (il faudrait lire Gendreau plutôt que Gendron... prouvé par ADN!), il est nécessaire de dissiper l'impression que l'ADN est une chose simple qui révèle tout. Madame Fortin glisse vite des données génétiques au dossier médical. 
Il est crucial de souligner que l'article d'Annie Mathieu ne parle que de génétique aux fins généalogiques. Trois milliards de paires de bases procurent une quantité d'informations telle qu'il faut cibler celles qui sont pertinentes à la recherche. Or, la généalogie génétique qui se pratique dans les projets Québec ADNy et ADNmt mentionnés dans l'article ne s'intéresse qu'à la dimension généalogique et ne saurait d'aucune façon renseigner sur le profil médical. Il faudrait chercher ailleurs dans le génome pour ce faire. Il n'est pas inutile d'apporter cet éclairage : la protection de la vie privée, notamment à l'égard de son dossier médical, est l'argument qui en retient plus d'un face à l'ADN généalogique.
Les projets Québec ADN travaillent à identifier les signatures ADN ancestrales des Québécois. L'ADN qui est identifié est celui d'une lignée, non d'un individu. Cet ADN lignager est précisément celui qui révélera si vous descendez vraiment de Marie Rollet ou de Jean Nicolet. Une discordance entre votre nom de famille et la signature ADN ancestrale établie pour ce patronyme prouvera qu'une rupture génétique est survenue à un maillon donné de la chaîne. Les secrets des curés peuvent ainsi être éventés des siècles après le fait.
En conclusion, restons prudents avec les amalgames : l'ADN généalogique ne conduit pas à l'ADN médical.
Jean-Pierre Gendreau-Hétu, chercheur, Projets Québec ADNy et ADNmt, Québec