La maison Rodolphe-Audette

Il nous faut un chantier national sur le patrimoine

Nous n’en pouvons plus de nous offusquer du manque d’intérêt de notre collectivité envers le patrimoine naturel et culturel.

Si les autorités politiques ont pu récupérer le vocabulaire du développement durable ou mettre de l’avant le concept de densification sans l’approfondir, elles continuent de présenter comme inévitable une approche du progrès basée sur la négation de l’histoire et des milieux. 

Bien sûr des gestes importants en matière de conservation et de mise en valeur du patrimoine ont été réalisés, mais nous retenons aussi le manque d’engagement du gouvernement du Québec envers le réseau muséal, le peu de considération du patrimoine scientifique, l’abandon d’un patrimoine national aux mains de développeurs immobiliers (les grands domaines de Sillery), le manque de moyens scientifiques, techniques et financiers...

Une politique patrimoniale dépasse le seul ministère de la Culture, elle est d’une responsabilité gouvernementale; elle touche le ministère de l’Éducation (on connaît les débats entourant l’enseignement de l’histoire), les Affaires municipales (l’encadrement et l’appui aux municipalités), l’Environnement, l’Agriculture, le 

Tourisme ou les Transports

Le ministère de la Culture peut jouer un rôle de leadership en cette matière, encore faut-il que le gouvernement ait la fierté et l’audace de lui donner les moyens budgétaires et réglementaires pour aller au bout de son mandat, encore faut-il que les autorités municipales ne confondent pas aménagement urbain et sources de revenus, encore faut-il que les développeurs économiques réalisent le lien étroit entre économie et culture, encore faut-il que nous ne donnions pas raison à 

Lord Durham pour qui nous étions un peuple sans histoire et sans culture...

De nombreuses initiatives ont permis de faire des pas en avant et de mieux intégrer la question patrimoniale à notre développement, nous pouvons nous en féliciter. Il reste, on le voit bien avec l’actualité des derniers jours, mais aussi avec des dossiers de restauration, d’études, de mises en valeur qui traînent en longueur qu’il reste un long chemin à parcourir. 

Et si collectivement nous mettions de l’avant un chantier national couvrant l’ensemble du territoire et l’ensemble des thématiques patrimoniales permettant non seulement d’identifier des actions prioritaires, mais d’engager les budgets nécessaires, de penser l’enveloppe des infrastructures comme aussi une enveloppe culturelle, de reconnaître que la culture fait partie du développement durable. 

Il est temps de passer à un autre rythme, de considérer la culture pour ce qu’elle est, fondamentale.

Michel Côté, Muséologue, Québec