«Pour l’enseignant qui prend vraiment à cœur son rôle, il doit rester vigilant pour ne pas sombrer dans l’épuisement professionnel», écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.
«Pour l’enseignant qui prend vraiment à cœur son rôle, il doit rester vigilant pour ne pas sombrer dans l’épuisement professionnel», écrit l'auteure de cette lettre d'opinion.

Il manque 1000 enseignants et plus... pas surprenant

Murielle Larouche
Murielle Larouche
Ex-enseignante et superviseure en enseignement au secondaire
POINT DE VUE / Devant cette situation déplorable, mais prévisible, cela m’incite à apporter un éclairage qui m’apparaît pertinent.

J’ai enseigné pendant 35 ans et terminé ma carrière en étant pendant 15 ans superviseure de stage au secondaire pour l’Université Laval. J’ai adoré ma profession et j’ai été vraiment heureuse d’œuvrer dans le monde de l’éducation. Je considère cela comme le plus beau métier au monde et j’ai tenté sans cesse d’y donner le meilleur de moi-même.

Le problème de la pénurie d’enseignants n’est pas d’hier. Cette profession est très exigeante. Se retrouver quotidiennement devant une classe de 30 adolescents demande énergie, solidité personnelle et amour gratuit des jeunes. Nous travaillons avec des personnes avec tout ce que cela demande d’ouverture, de patience, de psychologie et de compréhension profonde de la nature humaine. Bien sûr, il faut tenter de donner le meilleur à ces jeunes qui seront nos leaders de demain. Mais qui vient prendre soin de ce jeune enseignant, ce personnage central si important dans la réalisation de cette formation de nos jeunes? Ces futurs enseignants qui se préparent à cette mission si importante qu’est l’éducation et l’enseignement ont besoin de support, d’aide et d’encouragement. Avec l’intégration des élèves en difficulté de tout genre, la gestion de classe devient de plus en plus difficile. 

De plus, plusieurs années s’écoulent avant d’avoir la permanence et les tâches les plus lourdes incombent aux jeunes enseignants, le choix étant fait par ancienneté. En effet, ce sont souvent eux qui héritent des tâches à préparations multiples ou celles moins convoitées comme le tutorat, les surveillances, la suppléance et j’en passe… Pour l’enseignant qui prend vraiment à cœur son rôle, il doit rester vigilant pour ne pas sombrer dans l’épuisement professionnel.

Comme superviseure, on vient de remplacer notre travail de présence physique, d’aide en classe auprès du stagiaire, par la vidéoscopie. Je n’ai rien contre les nouvelles technologies, au contraire, mais pas dans ce contexte. Je déplore qu’on ait enlevé ce rôle de mentorat auprès des enseignants qui débutent dans la profession. Je trouvais essentielle cette relation personnelle soutenue d’aide, d’écoute, de pratique du recul et de la réflexivité si fondamentale en pédagogie. On le sait, les apprentissages sont affaire d’interactions, de relations et surtout du deuxième regard sur le jeune en difficulté pour comprendre son vécu personnel et oser croire en son potentiel en l’invitant à donner le meilleur de lui-même.

Combien de fois j’ai pu encourager un stagiaire qui avait envie d’abandonner en lui rappelant que la tâche serait plus intéressante lorsqu’il serait à temps plein et qu’il aurait la chance de s’attacher à ces jeunes. Je leur offrais des ateliers pour grandir dans la confiance en eux et devenir par le fait même experts pour motiver et révéler le jeune à son potentiel positif. Car l’outil comme enseignant, c’est sa personne. Le fait de favoriser la confiance en soi influence l’intervention du stagiaire, favorise la relation et a un impact positif sur la gestion de classe et les apprentissages. Surprenant qu’on n’ait pas encore, de façon plus soutenue, dans les programmes de formation à l’enseignement, cette dimension de la connaissance de soi. Lorsque le stagiaire sort de sa classe en larmes, découragé par les difficultés de la gestion de classe, ce n’est pas d’un rapport informatisé dont il a besoin, mais bien d’une présence aidante, d’écoute et d’encouragement.

Et voilà que s’ajoutent les multiples difficultés causées par la pandémie. Ce sont alors les jeunes et les moins jeunes qui quittent la profession dernièrement.

On vient de se réveiller pour prendre soin des jeunes préposés dans le domaine de la santé, mais quand viendra le moment pour les enseignants?

Bien sûr, je n’ai rien contre le fait qu’on améliore le contexte physique des établissements, mais pour moi, l’essentiel c’est de redonner une importance vitale à ces personnes qui portent en elles cette passion pour l’éducation, le souci de vouloir aider tous ces jeunes à développer leur potentiel, aller au bout d’eux-mêmes et devenir à leur tour des personnes épanouies faisant profiter leur milieu respectif de la formation reçue.

Un message du cœur monte en moi : et si on prenait davantage soin de nos futurs et jeunes enseignants?