Présentes dans 10 régions, les Auberges du cœur sont à même d’observer que les profils des jeunes en difficulté et sans abri se sont considérablement alourdis.

Il faut réinvestir dans les groupes communautaires

À tous nos élus provinciaux,

Le dernier budget provincial était la dernière chance pour le gouvernement de répondre aux besoins criants des groupes communautaires. Malgré les investissements annoncés de 22,5 millions $ cette année pour l’action communautaire, les 4000 organismes d’action communautaire autonome continueront de souffrir d’un grave sous-­financement. Ces dernières années, le gouvernement est en réaction à différentes situations de crise (fugues, exploitation sexuelle, épuisement dans les services de santé et services sociaux, etc.). Nous appelons à une vision à long terme qui reconnaîtrait et financerait adéquatement le soutien constant et continu qu’offrent les organismes communautaires aux populations les plus vulnérables pour éviter de nouvelles crises. Les organismes communautaires font partie de la solution.

Le manque de financement nuit à la capacité d’agir des organismes. Tout ça dans un contexte où la population fait de plus en plus appel à eux pour obtenir des services. Résultat : les listes d’attente s’allongent et le personnel est épuisé.

En effet, pour les 30 Auberges du cœur du Québec, nous estimons le manque à gagner à plus de 8 millions $ par année. Concrètement, ce sous-financement nous empêche d’embaucher le personnel suffisant sur le plancher, de financer des appartements supervisés, d’offrir des salaires décents afin d’éviter le roulement de personnel, de desservir de nouvelles régions, de maintenir le soutien des jeunes après leur passage dans l’Auberge. Et les besoins des jeunes ne cessent d’augmenter. À preuve, les Auberges imposent plus de 2000 refus d’hébergement à des jeunes chaque année.

C’est pourquoi notre organisme participe à la campagne Engagez-vous pour le communautaire, qui réunit les 4000 organismes d’action communautaire autonome du Québec revendiquant un rehaussement de 475 millions $ du financement à la mission globale pour répondre aux besoins des communautés. La campagne réclame également l’indexation des subventions à la mission globale pour suivre l’augmentation des coûts de fonctionnement. Les 30 Auberges du cœur du Québec font partie de ce grand contingent de groupes communautaires à bout de souffle.

Présentes dans 10 régions, les Auberges du cœur sont à même d’observer que les profils des jeunes en difficulté et sans abri se sont considérablement alourdis. La situation des jeunes se complexifie, de nouvelles problématiques émergent et les demandes d’hébergement et de soutien sont plus pressantes et plus difficiles à répondre. Mais les moyens pour y répondre manquent. Cette complexité a exigé de nous cet effort constant d’ajuster notre offre de services en l’augmentant et en la diversifiant. Ne pas le faire aurait été de manquer à nos responsabilités. 

Les jeunes qui choisissent de venir chez nous le font parce que leur situation exige un soutien important et adapté à leurs besoins. Cela dit, pour assumer cette responsabilité, nous n’avons pas de marge de manœuvre.

À l’approche des élections générales provinciales, il nous apparaît primordial de nous adresser à tous nos élus afin de rappeler l’urgence d’agir en matière d’action communautaire. 

Portant la voix des communautés, en plus d’avoir un impact social important et de contribuer à de nombreux gains sociaux majeurs, le milieu communautaire est un élément essentiel à la vie démocratique québécoise. 

Loin d’être un enjeu partisan, la reconnaissance et le financement du milieu communautaire doivent être élevés au rang de priorité nationale et faire l’objet d’engagement de la part de tous les partis politiques.

Johanne Cooper, présidente, Regroupement des Auberges du cœur du Québec