L’ex-maire de Pointe-au-Pic et ex-président du comité Casino de Charlevoix, Jean Lajoie, livre un vibrant plaidoyer pour la sauvegarde du Casino de Charlevoix, mis à mal par le succès du Salon de jeu de Québec.

Il faut fermer le Salon de jeux de Québec

Lettre à François Legault

J’ai hésité avant d’écrire ce texte. Je suis incapable de me résigner à accepter le sabotage de cette infrastructure touristique, le Casino de Charlevoix, sans rien dire.

Pour savoir où l’on va, il faut savoir d’où l’on vient.

Je vous fais un peu d’histoire sur le Casino de Charlevoix. À cette époque, j’étais maire à Pointe-au-Pic et préfet de la MRC de Charlevoix-Est. J’agissais comme président du comité Casino formé de tous les intervenants de la grande région de Charlevoix. Il faut dire que la Ville de Québec et son maire, monsieur L’Allier, nous appuyaient dans notre démarche. Nous avions aussi l’appui du gouvernement et de notre premier ministre, monsieur Robert Bourassa. La décision d’implanter le Casino de Charlevoix était facile à prendre puisque la politique du temps reconnaissait Charlevoix comme faisant partie de la Capitale-Nationale et que le Casino de Charlevoix sera le seul à être implanté dans la région de Québec.

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En concertation avec le gouvernement, nous avons laissé implanter celui de Montréal avec la promesse formelle que celui de Charlevoix viendrait après pour la région de Québec. Ce qui se réalisa le 24 juin 1994. Eh oui, 25 ans qui, je l’espère, deviendront 50 ans.

Voici un bref résumé, mais aujourd’hui il faut reprendre le collier pour faire valoir l’importance pour Charlevoix de conserver ses acquis. Depuis l’ouverture du Ludoplex (Salon de jeux), qui en fait avait été alloué à Québec pour aider les courses de chevaux, force est d’admettre qu’aujourd’hui il n’y a plus beaucoup de courses, mais un Centre Vidéotron qui nous a coûté 200 millions$. Depuis ce temps, le Casino de Charlevoix a perdu près de 40 % de ses employés et comme effet négatif les salaires qui accompagnent ces pertes.

Si l’on parle de la MRC de Charlevoix-Est, elle demeure l’une des plus pauvres de la province de Québec puisque depuis une vingtaine d’années elle a perdu plus de 750 emplois dans les secteurs de l’industrie. Dans ces fermetures d’usines, l’on retrouve l’abattoir de la Poulette grise (250), la compagnie de fabrication de fils Reynold (150), la papetière Donohue (200), le Casino de Charlevoix (140) et au moins une vingtaine d’employés du secteur public.

J’espère que ces informations aideront notre gouvernement à réfléchir avant de prendre la décision de transformer le Ludoplex de Québec en Casino.

Pourquoi chercher des raisons, faire des études, obliger la région à payer aussi pour une étude afin de contrecarrer ce déménagement. Je vous ai trouvé la réponse très simple et très logique. Fermez cette salle de jeux et redonnez à Charlevoix ce qui lui appartient.

En terminant :

Considérant que nous sommes partie prenante de la région de la Capitale-Nationale;

Considérant que l’implantation du Ludoplex a amené des problèmes sociaux dans la basse-ville de Québec;

Considérant que la ville s’apprête à investir tout près de trois milliards en infrastructures de transport en commun qui, je pense, amélioreront les déplacements, mais ne régleront pas les problèmes sociaux de jeux;

Considérant que pour régler les problèmes sociaux, il faut relocaliser le Ludoplex, et que la solution est de redonner à Charlevoix ces aires de jeux qui, en passant, n’auraient jamais dû quitter le Casino de Charlevoix;

Considérant que la ville de Québec n’a nullement besoin d’un casino pour vendre ses attraits touristiques;

Considérant que le gouvernement préconise le développement des régions;

Considérant que l’on ne crée pas de richesse en dépouillant Jean pour habiller Pierre;

Considérant que le taux de chômage de la MRC de Charlevoix-Est n’a rien à voir avec le plein emploi de la ville de Québec.

En conclusion, je demande à monsieur le maire, comme son prédécesseur l’a fait, de se prononcer contre l’amélioration de l’offre de jeux dans la ville de Québec.

Je demande à ma députée, Mme Émilie Foster, à la ministre responsable de la région de Québec, Mme Geneviève Guilbault, et au premier ministre du Québec, M. François Legault, de surseoir à cette étude et de confirmer que le Casino de Charlevoix sera et demeurera le seul établissement de jeux à l’est du Québec, incluant la grande région de la Capitale-Nationale.