Il faut combattre le cannabis

Vous faites fausse route avec votre projet de légaliser le cannabis. Il vaudrait mieux prendre tous les moyens pour le combattre. J’ai œuvré dans le monde de l’enseignement au secondaire pendant plus de 30 ans, et mes collègues et moi nous sommes battus âprement contre la cigarette et toutes formes de drogues y compris celle que vous voulez rendre légale.

Pourquoi aller dans cette voie, Monsieur Trudeau?

D’abord, quand vous limitez l’usage de cette drogue à partir de 18 ans, cela veut dire  que dans les écoles secondaires (12 à 17 ans), le cannabis pour eux sera encore comme maintenant illégal. Or, votre loi ne change rien pour eux, les jeunes continuent d’avoir la drogue par des réseaux bien établis depuis des décennies et, légal ou pas, ils en consomment en s’approvisionnant sur le marché noir. 

Et pour les plus de 18 ans, comme me disait un ami, avocat et procureur de la Couronne, le pire c’est que ça vient leur enlever la petite boule de culpabilité à l’estomac et ça ouvre la porte à la consommation à tous ceux qui en faisaient déjà usage et… ça invite ainsi ceux qui en avaient bien envie. 

Ensuite, le monde criminalisé que vous dites vouloir décourager se sera réorganisé bien avant que vous passiez la loi, ces criminels sauront être compétitifs et c’est dans les écoles qu’ils y trouveront leur compte! Et encore, je n’oublie pas les dommages au cerveau, les conséquences en classe: manque de concentration, d’intérêt, somnolence, échec, problèmes de comportement, absentéisme. À mon expérience s’ajoutent toutes les problématiques de santé citées dans les médias par le Collège des médecins, de nombreuses associations de psychiatres, de psychologues et autres spécialistes de la santé sans parler des problèmes familiaux, sociaux. 

Je pense à mon élève qui a été tué lors d’une transaction de drogue,  à ça s’ajoutent les conséquences d’une grossesse enfumée, aussi, a-t-on déjà découvert qu’après enquête de nombreuses tueries dans des églises, des écoles ou des mosquées, les auteurs étaient concernés par ce produit que vous voulez légaliser? Il faut combattre le fléau et non en faire la culture et le mettre sur le marché, en espérant que le crime organisé va abandonner. 

En vous dirigeant vers la légalisation, ne remarquez-vous pas que votre propre gouvernement  et même le Sénat s’évertuent à émettre des avis de dangerosité? Ne vous rendez-vous pas compte que même le Sénat a tenté de remettre à plus tard, malheureusement seulement 29 ont voté contre et 44 ont voté oui sans avouer l’illogisme de ce projet? Quel parent va placer son enfant devant un précipice pour lui permettre d’avoir du plaisir, de se récréer?

Bizarrement, Monsieur le premier ministre, les différents paliers de gouvernement n’agissent-ils pas à la façon de la mafia en tirant sur la couverte à tour de rôle pour s’approprier les profits de cette manne faramineuse? (C’est le commentaire d’un policier de la Gendarmerie royale du Canada ayant combattu ce fléau). J’irais jusqu’à constater par les médias que même des amis de votre parti en favoriseront bientôt la culture par des subventions, ou certains ayant déjà connu le pouvoir se lanceront carrément dans la production du cannabis. Y ajoutera-t-on aussi une aire récréative au Parlement à Ottawa? Dans 10 ans, une Commission d’enquête peut-être? 

À l’époque où votre papa était au pouvoir et que vous l’accompagniez à l’étranger, il lui arrivait quelques fois de vous tirer gentiment l’oreille du haut de vos 12 ans pour vous ramener à l’ordre. Je souhaiterais bien que Monsieur Pierre Eliot-Trudeau soit là encore aujourd’hui pour vous pincer l’oreille et vous dire que, dans ce cas de légalisation, vous gouvernez comme si vous conduisiez en sens inverse sur l’autoroute c’est-à-dire vers un fiasco vous amenant à ravager des générations de jeunes et de moins jeunes. 

Dans quatre, cinq ou six mandants, n’y aura-t-il pas un chef de gouvernement qui, en conférence de presse ou à la Chambre des communes, viendra bien tristement demander pardon à la population canadienne pour cette dévastation provoquée suite à votre légalisation.

À titre de grand-maman, je pense aux futures générations d’enfants, ce sera un fiasco. Pourrions-nous faire différemment au Canada? Votre projet va à l’encontre de tous les sondages publiés jusqu’à maintenant. Un peu de littérature sur le sujet ne vous convaincrait-il pas de reculer, d’abandonner votre projet, d’oublier votre promesse, ce à quoi les Canadiens répondraient positivement j’en suis certaine. 

Je vous suggère bien humblement, Monsieur Trudeau, de légaliser pour tout, et strictement pour tout, ce que le cannabis peut apporter de positif à la santé, s’il en est.

Enfin, bien que j’aie de l’admiration pour votre jeunesse, si cette loi est adoptée Monsieur le premier ministre, par respect pour tous les élèves à qui j’ai enseigné et pour les générations futures de jeunes, par respect pour mes quatre enfants et mes huit petits-enfants et aussi par respect Monsieur Trudeau pour vos trois jeunes enfants, je veux maintenant vous dire que je ne voterai pas pour vous aux prochaines élections et je ne serai pas la seule.

Lucie Côté, Québec