«Plutôt que d’être obsédés par la performance, nous devrions simplement chercher à être efficaces», écrit Luc Audebran, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’administration, Université Laval.
«Plutôt que d’être obsédés par la performance, nous devrions simplement chercher à être efficaces», écrit Luc Audebran, professeur titulaire à la Faculté des sciences de l’administration, Université Laval.

Il est grand temps de revoir nos critères de performance

POINT DE VUE / La pandémie de COVID-19 est une invitation à modifier les critères de performance (économique, financière, sportive, culturelle, etc.) qui guident notre vie collective. Nos manières de définir et d’évaluer la performance, et surtout les actions qui en découlent, sont parmi les facteurs déterminants de la crise globale dans laquelle nous sommes englués. Modifier ces critères fait aussi partie des moyens de nous en sortir.

Plutôt que d’être obsédés par la performance, nous devrions simplement chercher à être efficaces. Le terme efficacité est un emprunt au latin efficacitas («fait de produire un effet notable»). Il ne s’agit pas d’être productif, profitable, lucratif et encore moins d’atteindre la perfection, mais d’être utile, bienfaisant, pertinent, ou encore d’engendrer des retombées positives. Être efficace, «produire un effet notable», est une préoccupation majeure pour les personnes, les entreprises et la société dans son ensemble.

Pour chacun d’entre nous, être efficace consiste avant tout à faire bon usage du temps, de l’énergie et des talents dont nous disposons afin de laisser, ultimement, une empreinte positive dans le monde. L’être humain a besoin de transcendance, d’accomplir quelque chose qui le force à sortir de lui-même, à se distancer de ses intérêts égocentriques pour concentrer ses efforts sur un objectif qui le dépasse. Une question existentielle se pose à chaque personne: quelle trace veut-elle laisser de son passage sur Terre?

Pour une entreprise, l’efficacité consiste à atteindre les objectifs attendus par l’ensemble de ses parties prenantes en faisant bon usage des «ressources» humaines, matérielles et financières mises à sa disposition. Puisque ces ressources sont rares et précieuses, l’entreprise doit prendre des décisions afin d’optimiser leur utilisation, en tenant compte du contexte et des besoins de chacune des parties prenantes impliquées, incluant les plus vulnérables.

L’indicateur traditionnel pour évaluer la performance d’un gouvernement est le produit intérieur brut (PIB), la valeur marchande de tous les biens et services produits au cours d’une période donnée. Mais est-ce encore pertinent? Comme l’affirmait Robert F. Kennedy en 1968, dans un discours tenu quelques mois avant son assassinat, «le PIB ne tient pas compte de la santé de nos enfants, de la qualité de leur instruction ni de la gaieté de leurs jeux. Il ne mesure pas la beauté de notre poésie […]. Il ne prend pas en considération notre courage, notre sagesse ou notre culture. Il ne dit rien de notre sens de la compassion ou du dévouement envers notre pays. En un mot, le PIB mesure tout, sauf ce qui fait que la vie vaut la peine d’être vécue.»

L’implantation de critères d’efficacité plutôt que de performance ne sera pas une tâche facile, car elle devra se faire par un dialogue social auquel devront prendre part des représentants de la société civile, du monde des affaires et des différents paliers de gouvernement. Une chose est certaine, si nous ne transformons pas notre obsession pour la performance en une quête d’efficacité, nous n’empêcherons pas la prochaine crise de se produire.