«Comme étrangers et de foi catholique, vivant dans un pays où la religion officielle est l'islam, ma femme et moi avons été choyés, protégés et aimés», écrit l'auteur à propos du Maroc.

Humains d'abord

Depuis la tragédie de la Grande Mosquée de Québec, des souvenirs me reviennent souvent de mes trois années vécues au Maroc. Ces images de gens connus et surtout de ceux et celles que j'ai côtoyés de plus près me reviennent constamment.
Comme cet étudiant universitaire et ami, mordu de photographie, comme moi, aimant répondre à nos questions sur la culture marocaine et sur l'islam. Comme cette famille, dont la mère était notre aide-ménagère, ce qu'elle faisait depuis plusieurs années chez des coopérants de différentes nationalités. Nous étions chaque jour étonnés de voir nos points communs avec cette dame, au premier abord pourtant si différente.
Ces gens profondément religieux et musulmans pratiquants et plusieurs autres nous ont laissé le souvenir de personnes accueillantes, généreuses et attentives aux autres. Comme étrangers et de foi catholique, vivant dans un pays où la religion officielle est l'islam, ma femme et moi avons été choyés, protégés et aimés.
Le malheur des religions, ce sont ceux qui s'en servent pour affirmer leur pouvoir et leur supériorité, pour couvrir leurs peurs de la différence ou pour cacher leur incompréhension des aspirations universelles de la plupart des êtres humains.
Aujourd'hui plus que jamais, je ressens le besoin de dire haut et fort ma conviction que la majorité des humains recherche les mêmes buts et partage des valeurs semblables. Nous voulons rencontrer l'âme soeur, avoir des enfants, les voir grandir dans la sécurité et la paix, nous réaliser dans un travail utile à la société. L'importance de la famille et des amis, l'aide à ceux qui sont dans le besoin, la compassion, le sens de la justice font partie des bases de nombreuses religions, dont l'islam, à moins que je n'aie rien compris.
Faire porter un plat traditionnel de couscous bien garni, à l'heure de la prière du vendredi, à une famille dans le besoin, et ce, dans la plus grande discrétion, j'ai vu les Marocains et les musulmans faire cela. Et je suis encore touché de tous les gestes altruistes dont j'ai été témoin et bénéficiaire dans ce pays arabe et musulman qu'est le Maroc.
Identifier les points qui nous ressemblent et en constater le grand nombre est plus constructif que de pointer nos différences qui sont souvent d'ailleurs plus extérieures qu'intérieures. Mieux connaître, c'est faire tomber les barrières et les peurs irrationnelles. Nous avons tous peur du fondamentalisme et de ceux qui sèment la xénophobie, la haine et la terreur et c'est normal. Je suis persuadé que ceux qui se réclament de l'islam ont ces mêmes peurs et qu'ils en souffrent encore plus que les non-musulmans, car ils sont atteints dans leurs valeurs fondamentales par association à tant d'évènements choquants dans ce monde d'aujourd'hui. La terreur et la haine utilisent l'islam mais ne sont pas l'islam.
Quelles que soient nos allégeances, nous sommes d'abord humains, nous partageons des aspirations semblables et nous devons être solidaires dans l'adversité.
Gérald Bolduc, Lévis