Hommage à Bernard Landry, ancien premier ministre du Québec

C’est avec une grande tristesse que j’ai appris le décès de M. Bernard Landry, ancien Premier ministre du Québec, ce mardi 6 novembre 2018. Pour moi, il était un indépendantiste convaincu et un homme de principe qui a dédié sa vie au service des Québécois. Il était apprécié, aussi bien au Québec, au Canada qu’à l’extérieur du pays.

Le fait qu’il a été très tôt membre de la Ligue des Droits et Libertés et cofondateur de l’Union générale des étudiants du Québec (UGEQ), cela a forgé son caractère pour comprendre que «le silence face à l’injustice est un crime» comme le prouvent ses engagements vis-à-vis les pays africains du Centre, du Nord et de l’Ouest de l’Afrique où il a enseigné. Il faut que l’Histoire québécoise se souvienne de ce grand patriote, unique en son genre, comme un bâtisseur. En 1979, M. Landry fut l’auteur du premier énoncé politique économique du Québec qu’il a intitulé «Bâtir le Québec». Depuis 1990, je n’ai cessé de répéter qu’il faut «Bâtir ensemble une nation québécoise plus juste, plus équitable, plus inclusive qui respecte l’environnement et qui est pour un développement durable».

Un jour, le Mahatma Gandhi disait: «… Aucune loi ne peut créer ni réglementer un sentiment d’affection. Si l’on n’éprouve aucune affection pour une personne ou un système, on doit avoir le droit d’exprimer librement sa désaffection…». Qu’on soit d’accord ou non avec les convictions souverainistes de cet ancien Premier ministre, il restera pour toujours un des plus grands bâtisseurs du Québec. Son franc-parler et le fait de rester toujours stoïque face à l’adversité, malgré les énormes difficultés, ont aussi facilité ses relations intergénérationnelles.

Québec a perdu aujourd’hui un de ses éminents patriotes de la première heure qui s’est engagé dans la lutte pour l’émancipation des Québécois. Il faudra garder surtout en mémoire qu’il a démontrée un grand exemple de courage et de persévérance tout au long de sa vie, il n’a pas hésité un seul instant à réclamer, haut et fort, aux autorités canadiennes de respecter la langue française et la culture québécoise.

Comme d’autres Québécois qui ont connu le cheminement politique et l’intégrité de ce grand homme de conviction, j’ai été profondément affligé d’apprendre le décès de cet indépendantiste convaincu.

Je vais ouvrir une parenthèse pour vous parler de la passion de cet intellectuel et professeur hors pair pour les relations internationales, l’enseignement et pour mon Afrique où ce professeur a consacré une partie de sa vie à enseigner dans différentes universités, au centre comme au nord et à l’ouest de ce continent.

Il y a à peu près une vingtaine d’années, M. Landry présentait une conférence à la Bibliothèque Gabrielle-Roy de Québec portant sur l’indépendance, les relations internationales et son séjour en Guinée où il a enseigné à l’Université Gamal Abdel Nasser, de Conakry. Ce fut une des rares conférences extrêmement stimulantes à laquelle j’ai participé à Québec. En tant que spécialiste des relations internationales, il a expliqué d’une façon didactique les interconnections entre la situation du Québec d’aujourd’hui et celle de la Guinée de septembre 1958, en vue de l’obtention de l’indépendance. Il s’est référé à un passage du discours du 25 août 1958, de feu Ahmed Sékou Touré, en vue du référendum du 28 septembre 1958, orchestré par la France dans ses colonies africaines: «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage». Tous les participants étaient exaltés, mais je n’étais pas de l’avis de M. Landry parce que la situation économique de la Guinée n’était aucunement comparable à celle de notre Québec… Il était ravi de savoir que la phrase historique de feu Sékou Touré était devenue mon hymne de jeunesse… «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage» et une discussion commença alors. Il fut très heureux des échanges que nous avons eus qu’il ne voulait plus s’arrêter…

C’est pourquoi Bernard Landry me fait penser à mon idole de jeunesse qui a œuvré pour la paix et la justice dans le monde: Olof Palme, social-démocrate, premier ministre de la Suède, lâchement assassiné à Stockholm par des fabricants d’armes de destruction massive et par les va-t’en-guerre. Palme était un homme juste qui dérangeait et comme le disait Félix Leclerc: «Un juste est un homme qui dérange, un homme qu’on finit par crucifier».

Bien que je ne sois pas membre du Parti Québécois, j’avais été invité au Congrès du PQ qui se tenait au Palais des congrès de Montréal en septembre 2017. À la fin de la journée, il y avait une petite réception pour les invités. J’étais en train de discuter avec les Consuls du Royaume-Uni et de la Chine ainsi qu’avec notre compatriote, le Consul honoraire de la Jamaïque et un homme d’âge respectable est venu vers moi pour me dire que M. Landry voudrait me saluer. Je ne l’avais pas reconnu tant sa maladie l’avait beaucoup transformé…

Je suis certain que, de là-haut, il veillera sur notre nation québécoise et qu’il intercédera pour la paix, la justice et la prospérité pour notre Québec, comme il l’a toujours fait de son vivant.

Que Dieu l’accueille dans son paradis éternel.

En ce moment difficile, c’est avec une grande émotion que je présente mes plus sincères condoléances et mes profondes sympathies à sa conjointe Madame Chantal Renaud, à ses enfants Julie, Philippe et Pascale et à ses petits-enfants.

Merci Monsieur Landry pour tout ce que vous avez fait pour notre nation québécoise. Merci pour l’exemple de courage et de ténacité à défendre les intérêts des Québécois. Merci pour votre droiture, votre intégrité et votre patriotisme.

Je salue notre premier ministre, François Legault, qui n’a pas hésité à annoncer des funérailles d’État à celui qui a marqué l’histoire du Québec.

Ali Dahan

Ph. D. Ex-Diplomate. Président fondateur de l’UAQASA

Apolitique mais très engagé. Défenseur des droits humains depuis l’âge de 16 ans

Ex-candidat indépendant dans Jean-Talon